24 février 2016

Pierre PEYRILHE

Tué deux mois avant la liberté...




 Pierre PEYRILHE, mon grand-père paternel, était né le 14 janvier 1910 à Salles-d’Aude (Aude). Il était ramonet (régisseur agricole employé à soigner les chevaux) et habitait à Coursan (Aude), avenue de Toulouse. Il avait épousé ma grand-mère en 1933 et mon père était né en 1936.
P.G. du IV A
 2ème classe au 3ème bataillon de chasseurs pyrénéens (2ème demi-brigade), il est fait prisonnier au fort de Roppe (près de Belfort) au soir du 20 juin 1940.
D’abord détenu à l’Oflag IVB/Z sous le n° matricule 2.116, il est transféré au Stalag IVA le 25 septembre 1940.




La famille Tomisch et Pierre tenant le chien



  Le 9 novembre 1940, il arrive dans l’entreprise de transport de Martin Tomisch à Lauenstein (45 km au sud de Dresde) en tant que chauffeur. Il est bien traité par ses patrons, reçoit des cadeaux pour Noël, est invité, en 1942, au mariage du fils de la famille (sous-marinier à bord d’un u-boot en France) et mange à la table familiale. Il s’essaye même au ski (photo ci-contre).

  En 1943, il devient travailleur civil et vit chez ses patrons. Il loge dans un petit appentis attenant à la maison qui lui est réservé. Il dispose d’un lit et d’un poêle à bois (il n’est pas rationné en bois et peut donc se chauffer relativement correctement). Avec son camion, il livre aux alentours de Lauenstein essentiellement du charbon et des pommes de terre. 



Le camion de livraison de l'entreprise Tomisch


   Le 6 février 1944, il est arrêté chez ses patrons par la police allemande pour relation avec femme allemande et redevient prisonnier de guerre. Selon le témoignage d’un de ses compagnons de captivité, Martin Tomisch a fait tout ce qu’il a pu pour le faire sortir de prison mais sans succès. C’était certainement difficile pour lui d’intercéder pour un prisonnier de guerre français, surtout en 1944, sans se mettre en péril lui-même…. C’est un certain Jean GAUDION qui l’a remplacé chez les Tomisch du 7 février 1944 au 8 mai 1945. Je n’ai aucun renseignement sur ce prisonnier. 
P.G. en captivité à Lauenstein (coll. privée)
    De sa date d’arrestation au 5 mars 1944 il est incarcéré dans une prison civile. Du 5 mars à juillet 1944 il est hospitalisé à l’hôpital de Schmorkau. En juin 1944 il est présenté devant un tribunal militaire allemand et est condamné, le 14 juin 1944, à 2 ans de forteresse (3 ans avaient été initialement requis). La jeune fille concernée, traduite elle aussi devant le même tribunal, est condamnée à 5 mois de prison.

  A sa sortie de l’hôpital, il retourne au Stalag IVA (kommando 734) puis est transféré au XXB (kommando 670) où il reste peu de temps (il dit dans une lettre que le XXB est un stalag de punition : il a droit à une lettre et une étiquette colis par mois. Il écrit, pour rassurer ma grand-mère que la vie y est supportable, que le travail est varié et parfois agréable et qu’ils mangent passablement bien).

  Il est enfin envoyé au IVC et plus précisément au kommando de Triebschitz III (kommando F1). Je n’ai aucun renseignement sur cette période. Je ne sais pas en quoi consistait ce kommando et où il travaillait. Ses lettres à ma grand-mère deviennent alors rares et ne disent rien. Il tente de s’évader et est abattu le 5 mars 1945 par un adjudant du camp. Il est enterré dans le cimetière de Tschauch le 09 mars (d’après les témoignages de ses compagnons de captivité).



P.G. du IV A avec Pierre PEYRILHE, 4ème depuis la droite

   J’ai, en ma possession, plusieurs noms de camarades de captivité :
- René RIGAUD de Bram et Pierre DAURIAC de Lézignan-Corbières qui étaient avec lui dans les derniers mois de sa vie ;
- Pierre BERGE de Marcorignan ;
- SCOUANNEC (je n’ai pas le prénom) qui était avec lui à l’hôpital de Schorkau et qui est décédé d’une péritonite le 1er avril 1944 ;
- CORLAY de Saint-Romain-de-Benet (avec qui il était, semble-t-il, dès le début de sa captivité) ainsi que le nom de l’homme de confiance du kommando Triebschitz F1 : le sergent ZERBINOF.


La maison des Tomisch.
Sur la droite, l'appentis où logeait Pierre
  La famille Tomisch vit toujours dans la maison. En 2013 je me suis rendue à Lauenstein et j’ai pu voir l’endroit où mon grand-père a passé la plus grande partie de sa captivité. J’ai regardé la maison de l’autre côté de la rue sans oser frapper à la porte, ne sachant comment je serais reçue. C’est à mon retour en France que j’ai décidé d’écrire aux Tomisch qui m’ont envoyé une seule et unique lettre (avec des photos) me racontant la vie de mon grand-père chez eux.

  J’ai aussi réussi à retrouver la jeune fille (grâce à la retranscription du procès qui se trouve aux Archives Nationales de France et dans lequel son nom est mentionné) et je lui ai envoyé un courrier. Depuis bientôt deux ans nous correspondons régulièrement. Elle m’a raconté ses souvenirs et le traumatisme qu'elle a subi avec le procès, son emprisonnement et le bombardement de Dresde qu'elle a vécu. Elle est maintenant la seule personne encore vivante qui ait connu mon grand-père.

  
   Je suis preneuse de toutes les informations et notamment celles sur la fin de sa captivité et sur le kommando de Triebschitz III (kommando F1) dont je ne sais rien.

Texte de Françoise Peyrilhe

Photos : collection Françoise Peyrilhe (sauf P.G. à Lauenstein) sous licence d'usage CC BY-NC-SA 2.0 FR

Si vous avez des infos sur les compagnons de captivité de Pierre, envoyer un mail à : f_peyrilhe@yahoo.fr
Remerciements à Françoise pour ce témoignage

16 février 2016

Les villages disparus ...

VILLAGES DISPARUS



   Depuis la fin de la guerre l'exploitation minière s'est amplifiée dans la région de Most (Brüx en langue allemande) et des villages entiers ont été rayés de la carte. Il est donc parfois difficile de retrouver les lieux où les Prisonniers de guerre ont été employés et détenus.



   J'ai comparé plusieurs fichiers notamment celui des Archives du nord et du nord-est de la Bohême (www.soalitomerice.cz) et une liste accompagnant une carte exposées au musée des mines de Litvinov.

Carte (extrait) du musée des mines de Litvinov

Villages détruits - ou en partie -
à cause de l'exploitation minière

  1. Alt Wernsdorf (Staré Verneřice) 1959
  2. Arbesau (Varvažov) 1962 
  3. Auschine (Úžín) 1962
  4. Bartelsdorf (Dřínov) 1976
  5. Böhmisch Neudörfel (Český Újezd) ? 
  6. Borngrund (Studánka) 1971
  7. Briesen (Břežánky) 1964
  8. Brunnersdorf (Prunéřov) 1962
  9. Brüx (Most) 1966
  10. Chlumec (Střižovice) 1972
  11. Dehlau (Dolany) 1967
  12. Deutsch Kralupp (Kralupy u Chomutova) 1974
  13. Deutsch Neudörfel (Podhoří) 1961
  14. Deutsch Zlatnik (Slatinice) 1969
  15. Dörnsdorf (Dolina) 1979 
  16. Drohnitz (Drahonice) 1967
  17. Eisenberg (Jezeří) 1952
  18. Fleyh (Fláje) 1959
  19. Gestob (Ždov) ? 
  20. Grünwald (Pastviny) ?
  21. Hagensdorf (Ahníkov) 1983
  22. Hareth (Hořany) 1980
  23. Hegeholz (Hajniště) 1960
  24. Hegerhaus (Hájovna)  1979
  25. Herbitz (Hrbovice) 1989
  26. Herrlich (Hrdlovka) 1978
  27. Hettau (Hetov) 1967
  28. Holschitz (Holešice) 1979
  29. Hottowitz (Otovice) 1976
  30. Jungferndorf (Panenská) 1949
  31. Kaitz (Kyjice) 1974
  32. Kamnitz (Kamenice) 1970 
  33. Kommern (Komořany) 1985
  34. Kopitz (Kopisty) 1977
  35. Körbitz (Krbice) 1982 
  36. Kottowenka (Chotovenka) 1970
  37. Kudenitz (Chotěnice)  1967
  38. Kummerpursch (Konobrže) 1977
  39. Kunnersdorf (Kundratice) 1972
  40. Ladowitz (Ledvice) 1963
  41. Lametitz (Lomazice) 1967
  42. Lang Ugest (Jeníšův Újezd) 1975
  43. Liebisch (Libouš) 1979
  44. Lindau (Lipětín) ? 
  45. Liptitz (Liptice) 1974 
  46. Liquitz - autre nom Likwitz (Libkovice) 1990
  47. Liskowitz (Lyskovice) 1970
  48. Lochtschitz (Lochočice) 1976
  49. Luschitz (Lužice) 1967
  50. Maltheuern (Záluží) 1972 
  51. Michanitz (Michanice) 1955
  52. Milsau (Milžany) 1965 
  53. Naschau (Naší) 1981
  54. Negranitz (Nechranice) 1967
  55. Neudorf an der Biela (Nové Sedlo, autre nom Novosedly) 1966
  56. Niedergeorgenthal (Dolní Jiřetín)1983
  57. Niederleutensdorf (Dolní Litvínov) 1960 
  58. Nollendorf (Nakléřov) 1949
  59. Ojes (Újezd) près de Chomutov 1970
  60. Pahlet (Pohlody) 1977
  61. Paredl (Pařidla) 1969
  62. Plan (Pláň) 1955
  63. Poratsch (Pohradice) 1960
  64. Prahn (Brany) 1980
  65. Prenzig (Brančíky) 1980
  66. Preschen (Břešťany) 1965
  67. Pressnitz (Přisečnice) 1972
  68. Pröhl (Prahly) 1972
  69. Prösteritz (Přezetice) 1969
  70. Püllna (Bylany) 1977
  71. Radowesitz (Radovesíce) près de Teplice 1966
  72. ? ? ? ? ? ? ? ? (Roudná) 1967
  73. Reischdorf (Rusová) 1970
  74. Retschitz (Račice) 1981
  75. Rosenthal (Růžodol) 1959
  76. Seestadtl (Ervěnice) 1959
  77. Schichlitz (Žichlice) 1987 
  78. Schießglock (Třískolupy) 1972
  79. Schimberg (Podhůří) 1974
  80. Schönfeld (Tuchomyšl)1974
  81. Seidowitz (Židovice) près Most 1974
  82. Senseln (Zálužany) 1974
  83. Skyritz (Skyřice) 1965
  84. Sosau (Zásada) 1982
  85. Steinwasser (Kamenná Voda) 1973
  86. Stranitz (Stránce) 1971
  87. Strimitz (Střimice) 1960
  88. Tillisch (Dělouš) 1967
  89. Triebschitz (Třebušice) 1980
  90. Trinka (Dřínek) près deTeplice 1970
  91. Tschachwitz (Čachovice) 1965
  92. Tschausch (Souš) 1970
  93. Tschermich (Čermníky) 1965
  94. Tschöppern (Čepirohy) 1972
  95. Türmaul (Drmaly) 1975
  96. Tuschmitz (Tušimice) 1967
  97. Ugest jezd) près Teplice 1972 
  98. Ulbersdorf (Albrechtice) 1982
  99. Vierzehnhöfen (Čtrnáct Dvorů) 1982
  100. Welbuditz (Velebudice) 1960
  101. Wenzelsdorf (Ves Svatého Václava) ?
  102. Wernsdorf (Verneřov) 1988 
  103. Weschitz (Běšice) 1967 
  104. Wiklitz (Vyklice) 1979
  105. Wissotschan (Vysočany) 1974
  106. Wistritz (Bystřice) près de Chomutov 1965
  107. Würgnitz (Vrchnice) 1969 
  108. Würschen (Vršany) 1975

Nota
- lire ainsi : nom allemand (nom actuel) date de disparition.

   Certaines villes ont été rasées et reconstruites. C'est le cas de Most qui s'étendait jusqu'au milieu des années 70 à l'emplacement et aux abords de ce grand lac. 

Photo prise depuis le beffroi de l'église


L'église de l'Assomption de Most déplacée - sur des rails - de plus de 800 m en septembre 1975.
C'est tout ce qui reste de la vieille ville ...

Retrouvez les environs de Most sur cette carte avec modification des lieux de 1938 à 2013 :
http://gis.mesto-most.cz/mostdominulosti/index.html

Raisons diverses




     
  1. Althummel (Stará Homole)
  2. Burberg (Úhošť)
  3. Dürrkamnitz (Suchá Kamenice)
  4. Ebersdorf (Habartice)
  5. Emmanuelshof (Emanuelův Dvůr)
  6. Fugau (Fukov)
  7. Gabriellahütten (Gabrielina Huť)
  8. Gaischwitz (Kyšovice)
  9. Gross-Zinken (Velké Stínky)
  10. Hinter-Daubitz (Zadní Doubice)
  11. Hinter-Dittersbach (Zadní Jetřichovice)
  12. Höll (Peklo)
  13. Hundorf (Pohorsko)
  14. Josefswille (Mlatce)
  15. Katzendorf (Kocourkov)
  16. Kienhaid (Kienhaid)
  17. Klein Jober (Malá Javorská)
  18. Klein-Zinken (Malé Stínky)
  19. Kottowenka (Chotovenka)
  20. Kretscham (Krčma)
  21. Kröglitz (Chrást)
  22. Krupei (Krupá)
  23. Lerchenthal (Skřivánčí)
  24. Männelsdorf (Zvoníčkov)
  25. Matzdorf (Mackov)
  26. Müglitz (Mohelnice)
  27. Neudörfel (Nová Víska)
  28. Neu Gründl (Doly)
  29. Neuhof (Nový Dvůr)
  30. Neustadt (Nové Město)
  31. Neuwald (Nový Les)
  32. Ober Rebire (Horní Šebířov)
  33. Plan (Pláň)
  34. Pöllma (Podmilesy)
  35. Poppendörfel (Popovičky)
  36. Rabenstein (Havraní)
  37. Radowesitz (Radovesice)
  38. Reizenhain (Pohraniční)
  39. Schneppendorf (Sluková)
  40. Sobietitz (Sobětice)
  41. Tribischl (Třebiška)
  42. Trinka (Dřínek)
  43. Ullersdorf (Oldříš)
  44. Ulmbach (Jilmová)
  45. Vogelgesang (Ptačí)
  46. Wenkau (Venkov)
  47. Wilken (Vlkaň)
  48. Willersdorf (Nová Ves)
  49. Wittine (Vitín)
  50. Wohlau (Volyně)
  51. Wohnung (Vojnín)
  52. Zieberle (Úbočí)
Mine à Maltheuern (Záluží aujourd'hui)

Pour retrouver l'histoire de ces villages :
http://www.zanikleobce.cz/

Quant à cette carte, elle donne l'ensemble des villages disparus pour des raisons diverses et sur l'ensemble du territoire tchèque :



Clichés : Loïc Pinçon-Desaize (août 2014)
Carte : collection personnelle.

30 décembre 2014

Vœux 1945


("Reflets", journal du IV C - collection personnelle)

Meilleurs vœux
de bonheur et de santé à toutes et à tous 



28 décembre 2014

Échange de voeux pour 1945

   En cette fin d'année 1944, les hommes de confiance échangent leurs voeux et forment espoir que l'année nouvelle sera celle de la Libération ...

   Des lettres similaires à celles reproduites ci-dessous seront échangées entre tous les Stalags IV (sources : dossier stalag IV C - Archives Nationales).

Pierre HUBY à Élie PASCAUD
Élie PASCAUD à Pierre HUBY

17 décembre 2014

La faim !

La faim !


   Les prisonniers de guerre ont tous souffert de la faim à un moment ou à un autre de leur captivité et, bien sûr, il ne l'écrivait pas à leur famille pour ne pas la rendre plus soucieuse...



   Ce creux de l'estomac vide ils le connaissent déjà dès les premiers jours de leur capture mais également lors de leur transfert en Allemagne. Puis ce fut, à nouveau, en 1943 puis de l'été 44 jusqu'en mai 45 car l'étau se resserrait sur les nazis.

   Voici un exemple de repas :

matin : un quart de litre d'eau chaude aromatisée par des plantes sauvages ou des branches de sapin ;
midi : soupe à base d'orge, patates... non épluchées et de qualité médiocre, betteraves ou rutabagas, choucroute (simplement le chou !) ;
soir :  morceau de pain noir (150 à 200 grammes...) avec un peu de margarine, de la charcuterie ou de la confiture de betterave.


   Alors que le soldat allemand dispose de 46 grammes de viande par jour, le P.G. français reçoit... 8 grammes. Même chose pour  le pain : 150 grammes contre 350 g pour l'Allemand (rapport Scapini sur le stalag X A mais valable, semble-t-il, pour beaucoup de camps).



Il y a donc une insuffisance de calories (moins de 2000) avec cette sous-alimentation alors que le P.G. est astreint chaque jour à un travail pénible et long...



Un rapport du CICR note qu'au début de l'année 1945 la ration du prisonnier français est de 1530 calories...



   On a dû se battre pour un bout de pain ... ou "fait" les poubelles, comme ici durant l'hiver 41-42 aux abords du camp de Brüx.


Sources : archives Pascaud

09 décembre 2014

La boxe ...


Affiche d'un gala donné en 1943


La boxe au IV C



 Des galas de boxe étaient organisés dans les stalags et notamment dans les "gros" kommandos. Les matchs étaient disputés par des P.G. ayant déjà pratiqué ce sport mais d'autres captifs "s'essayaient" également à cette discipline. Les rencontres avaient aussi pour but de distraire les prisonniers et ... leurs geôliers !


      Charles PATOZ décrit l'atmosphère exaltée et passionnée des matchs au sein du camp 17/18 de "Brüx-Hydrierwerk" :
Gala du 22/08/1944 entre Teplitz et Brüx



" Dans cette salle, que de souvenirs depuis trois ans ! Tout un passé : ALONSO, BEAUCHANT, BRAMAI, MARMET ... Le présent s'appelle VETESSE, LAMBERT, JACQUEMINET. Déjà lointaine, la facilité de SANDRÈS ... Ce qui compte aujourd'hui, c'est la puissance de GIRAUD, la science de  SEVESTRE, les k.o. dramatiques de CORDEAU. 
Gala du 22/08/1944 entre Teplitz et Brüx

En entrant, nous retrouvons immédiatement quelque chose de l'atmosphère de la Mutualité et du Central. C'est un vertige de lumière crue, des hurlements, des senteurs fortes. Impossible de circuler. La foule est partout. Sur les tabourets, sur les tables, même au bord du ring. La resquille a donné à fond. Les consignes du service d'ordre se canalisent en rumeurs sourdes qui alternent avec des éclats bruyants. La fumée des pipes enveloppe déjà le haut de la salle d'un nuage épais. A leur tréteau, le maestro et sa bande se déchaînent comme Jack Hylton. Le cri aigre des chasseurs de primes troue la symphonie du Hott. Mais le rythme du jazz l'emporte sur les clameurs. Les saxos ont retrouvé les accents de Haarlem, le public vibre à l'unisson. Tout à l'heure, sur le cercle enchanté, on va s'affronter entre hommes. A l'avance la foule en manifeste une joie âpre et brutale. Chacun  joue les costauds. Les gars de l'organisation doivent y aller de l'épaule. Le moindre froissement amène sur les visages un rictus de colère qui s'accompagne d'un défi. C'est le triomphe de la force. Par contraste, on se prend à chercher les comédiennes platinées qui viennent, aux premières loges, humer l'odeur du mâle. L'orchestre se tait. Entre spectateurs on discute le coup. Tout le monde s'y connait, mais les nez écrasés, les oreilles en choux-fleurs apparaissent en augures. C'est à la fois le paddock, la réunion fédérale, la bourse des matches, les couloirs du Palais des Sports, les populaires de Wagram. Faisceau de lignes blanches, le ring s'érige sous la lueur aveuglante des lampadaires. A chaque instant un soigneur en franchit les cordages. Cette simple escalade semble devoir conférer, à ceux qui en sont dignes, des quartiers de noblesse... Privilèges du ring ! Aux angles, deux boxeurs, propres et gominés, se dévisagent, un peu pâles devant  l'imminence de la sanglante confrontation. Dans son coin, impassible, l'arbitre attend. En tenue civile, le speaker fait les présentations dans un inénarrable mélange de gouaille et de grandiloquence. Les préparatifs s'achèvent. L'arbitre appelle les deux adversaires. Dans la salle, les globes s'éteignent. Autour du ring, la lumière, tamisée, devient plus douce. Un long frémissement, quelques rires énervés, puis la foule, instinctivement observe le silence. Un coup de gong. L'instant devient pathétique ...
"Première reprise ! crie le speaker"

Reprise de la publication du 1er février 2014 de François Léger pour le groupe  "Stalags IV" de Facebook.
Photos : archives Pascaud

26 novembre 2014

Le journal mural du kommando 459

                                   Entre-nous !


     
   Au camp 17/18, district de travail  de Brüx-Hydrierwerk qui "hébergeait" l'important kommando 459 et différents B.A.B., il y avait un journal mural nommé "Entre-Nous..." qui se trouvait à côté de la bibliothèque.
   
Jean GOUROT, assis,
et le relieur et bibliothécaire-adjoint Joseph FONTENEAU
 
Jean GOUROT, le bibliothécaire écrit : " L'antichambre de la bibliothèque a aussi ses habitués. L'antichambre, je veux dire : le journal mural "Entre Nous...". Pareil en cela à des confrères plus illustres, il a des périodes de hautes et basses eaux. Certains jours, il est en veilleuse, réduit à quelques maigres papiers et tout à coup c'est l'abondance ! Le service d'affichage ne sait plus où donner de la tête, où trouver de la place ! Caricatures, textes, réponses à ces réponses s'affrontent dans une pittoresque bigarrure. Tel artiste, hérissé, déchaîné, débraillé, explosif et tout fou, plusieurs fois dans une journée, nous dit triomphalement "encore un petit dessin" et il déroule sous nos yeux ravis et effrayés un vaste rouleau que nous nous demandons où caser. A peine nous a-t-il quitté que s'en vient, porteur d'un autre dessin, son rival et ami, à la haute taille, au vaste front ; plus mesuré mais non moins riche en idées, il sait être gentiment cruel. A combien de controverses, de querelles sur les Beaux-Arts, sur les  traditions académiques et le renouveau "Zazou" les colonnes d' "Entre Nous" s'ouvriront encore ? "


   Paul PATTIER donnera quelques repères sur ce journal mural :


"Il y avait le tableau d'affichage, 
Où par le verbe et par l'image, 

Peintres et polémistes se livrèrent à de virulentes attaques ;

Où les Zazous , par exemple, et les Cocomacaques

Prolongèrent leurs polémiques,

Leurs polémiques épiques ;

Où DAVESNE nous donnait de littéraires et substantifiques c
ritiques ;
Où nous goûtions l'originalité des poésie de GABÉ ;

Où le camp A, il faut l'avouer, se montrait, littéralement parlant, supérieur au camp B.

Où MERLE et COTTEL, entre autres, se livrèrent à des débauches de verve,

Parce que, après tout, les artistes il faut bien que ça serve !

Où PATOZ, enfin, classa périodiquement de fort ressemblantes gueules."


Charles PATOZ "croqué" par Jean-Louis MERLE dit "El Zazou"

D'après les recherches et la documentation de François Léger.
Photos et dessins : archives Pascaud




20 novembre 2014

Robert PÉRIN




Depuis plusieurs années je consulte votre blog et je cherche quelques "traces" de mon grand-père Robert PÉRIN.

J'ai vu que son nom apparaît dans la liste des hommes de confiance dans le district de Schönlinde

Cette photo n'a pas été prise au IV C. Si quelqu'un peut identifier le lieu ...Henri MAILLARD pourrait être le 2ème à gauche au dernier rang.

J'ai retrouvé des photos, elles ont été prises au stalag IV C ; aucun nom ne figure au dos.
Robert PÉRIN a tenu un journal de captivité dans lequel il raconte sa vie. Il était instituteur dans la Meuse.

Il a été fait prisonnier le 18 juin 1940 à Rennes. Parti de Rennes le 02 novembre 1940, il arrive au stalag IV A d'Estelhorst puis au stalag IV C à Varnsdorf. Il rejoindra ensuite Rumburg, Schönlinde et Teplitz. Puis ce sera le stalag IV B de Mühlberg jusqu'à sa libération le 19 mars 1943.
J'espère que plusieurs personnes pourront identifier un parent grâce à ces trois photos.


Courrier d' Agnès B. (16.08.2011).
Les photos ci-dessus apparaissaient jusqu'alors dans l'album "IV C" qui est, comme le blog, en cours de réorganisation. Robert est marqué d'une croix rouge.

15 mai 2014

Chant des trois années


Chant des trois années : 
Paul PATTIER évoque la dure épreuve de la captivité à Brüx !

 

   Paul PATTIER, rattaché au camp 17/18 de Brüx écrira des textes sur la vie dans les kommandos de travail de « Brüx-Hydrierwerk » et dans le camp proprement dit. Les textes sont par moments « codé », compréhensible par ceux qui ont partagé le même environnement. Nous livrons au lecteur ce texte « Chant des trois années » qui est une évocation des années 1941, 1942 et 1943 en Bohême où les dures conditions d’existence des prisonniers du kommando n°459 sont relatées. Notons que pour la compréhension du texte par le lecteur, nous avons parfois mentionné à l’intérieur de crochets une information ou une traduction, quand celles-ci nous étaient connues.



Paul PATTIER, un personnage impliqué dans la vie culturelle du camp 17/18 de Brüx :
Il écrira avec Roger KOLLER, l’opérette « Pénélope » qui sera mise en musique par
Léon FERRERI et jouée au camp 17/18 de Brüx. Croquis Paul-Robert BON.


Chant des trois années



Quand les temps seront révolus ;
Quand les beaux jours de l’Hydrierwerk ne seront plus ;
Voici ce que deux ombres d’ex-prisonniers du camp B [camp n°18] de Brüx, remuant les cendres de leurs souvenirs,
Psalmodieront, un jour, dans un royaume des morts des siècles à venir :


Y- Il y avait une fois l’Hydrierwerk, avec pour horizon les monts métalliques de Bohême,
Dont les pentes, en Avril, moutonnaient de frondaisons aux nuances d’une richesse extrême.
Z- Il y avait la colline de Brüx, piquée de sa tour sans garde [il s’agit du château dit « Schlossberg »], comme une présence
Où ne veillait cependant pas notre sœur Anne d’Espérance…..
Y- Il y avait les barbelés,
Qui semblaient vouloir empêcher les gens de s’en aller,
De s’en aller musarder tout le long des blés,
Avec, par exemple, de blondes jeunes filles de ces petits villages qui, de loin avaient l’air presque heureux de vivre,
Parce qu’ils se cachent dans l’air bleu dont, bien sûr, les hommes libres s’enivrent,
Tschausch et Triebschitz, Nieder et Obergeorgenthal,
Oberleutensdorf, Maltheuern et Rosenthal [localités environnantes] :
Avec des souvenirs de rencontres sportives, et d’autres, d’un genre différent, c’était fatal !
Z- Il y avait le réveil à 4 heures et demie,
Qui ne parvenait pas à troubler le calme des chambrées endormies.
Y- Il y avait, toute proche, l’Usine amie….. ( ?!?!)
Toute proche, et nous appelant de tous les ronronnements de ses machines.
Y- Il y avait la pelle et la pioche, à tous, égalitairement nous courbant l’échine.
Y- Il y avait « l’invitation au voyage » par les Werkschutz [service de sécurité des entreprises ou police des entreprises].
Z- Il y avait la plaisanterie usée des « Rauchverbot für das gesamte Werk » [Défense de fumer dans toute l’usine]…. mais… Chut !
Y- Il y avait la journée de douze heures.
De douze heures de dur labeur.
Un transport général et supplémentaire de bois de chauffage ;
Et parfois, à la sortie, des ennuis avec des gardiens pas très bien au courant des usages.
Z- Il y avait les jeux de la brique et du béton, de la ferraille et de la terrasse, et le pavage des routes revêches.
Et, un peu partout, l’irrespirable « Portlandzement » [ciment de Portland] qui vous faisait la gorge sèche.
Y- Il y avait les petites du laboratoire [qui se trouvait dans l’enceinte des chantiers de l’usine où du personnel féminin pouvait être affecté],
Qui mettaient un peu de rêve bleu dans notre captivité sans histoire.
Z- Il y avait cette confusion de langues « italo-tchéko-provençalo-germano-polako-bretonne »
Sur des chantiers aux noms impossibles et à l’Arbeit [travail] uniformément monotone,
(Principalement pour ceux dont l’essentielle préoccupation consistait à s’appuyer sur leurs manches de pelles).
Y- Il y avait des machineries que personne ne sait comment çà s’appelle.
Z- Il y avait des Tchèques et leurs « ne rozumish »….
Y- Il y avait la bibliothèque tant bien achalandée où tout le monde en trouvait pour ses goûts et ses 5 pfennig
Depuis le dernier Larousse jusqu’aux moyen-âgeux fabliaux.
Z- Il y avait Biblio [surnom de Jean GOUROT, le bibliothécaire].
O Muse redis moi… et toi, Renommée aux cents bouches, descends donc plus vite que çà du parnasse.
(Mais je me souviens à temps de 2 lignes par lui censurées sur un mien papier et j’en passe !...)
Y- Il y avait hors d’atteinte du profane, des volumes précieux qui étaient quasiment tabous.
Et sur les murs, l’humoristique et hilarant Dubout.
Z- Il y avait le tableau d’affichage [situé près de la bibliothèque],
Où par le verbe et par l’image,
Peintres et polémistes se livrèrent à de virulentes attaques ;
Où les Zazous, par exemple (tu te souviens) et les Cocomacaques
Prolongèrent leurs polémiques,
Leurs polémiques épiques ;
Où DAVESNE nous donnait de littéraires et substantifiques
Critiques ;
Où nous goûtions l’originalité des poésies de GABÉ ;
Où le camp A [camp 17], il faut l’avouer, se montrait, littéralement parlant, supérieur au camp B [camp 18].
Où MERLE et COTTEL, entre autres, se livrèrent à des débauches de verve,
(Parce que, après tout, les artistes il faut bien que çà serve !)
Où PATOZ, enfin, classa périodiquement de fort ressemblantes gueules.
Y- Il y avait ceux qui, le long des barbelés, lorgnaient les passantes plus ou moins bégueules,
Et qui les dévoraient du regard avec des râles de fauves en rut.
O l’hystérie de l’homme brut !
(Mais cela n’était le fait que des plus atteints, en somme !)
Z- Il y avait les expositions qui nous redonnaient pour un temps notre fierté d’hommes :
Merveilles de patience des bois sculptés et des travaux artisanaux ;
Talent incontesté de nos peintres aux palettes et aux crayons presque originaux.
Y- Il y avait les policiers du camp qui, tout de même n’avaient pas de matraques.
Z- Il y avait la Strafbaracke [baraque des punis, cellule d’arrêt], mon Dieu, oui ! la Strafbaracke…..
Des barbelés dans les barbelés, jugez un peu !
Mais que voulez-vous, n’est-ce pas, on à l’humour qu’on peut !
Y- Il y avait la visite, et l’émoi profond en la présence de 3 tampons de l’Infirmerie du Camp B.
…Ces pauvres travailleurs des bataillons [B.A.B. = Kriegsgefangenen-Bau- u.Arbeits-Bataillon.] qui étaient toujours mal tombés !
Z- Il y avait le Serbe, puis le Polonais du Camp B, et les docteurs bien français du Camp A.
Chez ceux-ci, le tampon « Schonung » [dans le langage des camps, ce terme signifie exempté de travail], qui savait s’appliquer aux cas intéressants, et celui du Camp B qui ne le savait pas.
Y- Il y avait les « Innen-Dienst » [services intérieurs] spécialisés.
Spécialisés dans l’épluchage des Kartoffel [pommes de terre en allemand] et des Rutabagas incompréhensiblement méprisés.
Z- Il y avait les Kolrabi [Kohlrabi, chou-rave en tchèque]
Y- Il y avait dans ma chambre, l’épouvantable entêtement de Sabi.
(Mais je ne puis citer dans les détails tous les faits et gestes d’Hydrierwerk, merveilleux ou singuliers).
Z- Il y avait le sport en général, et Patate en particulier.
Patate, qui promenait sa popularité sur le terrain de foot, aux alentours du Laboratoire et tout le long des barbelés.
Patate, qui, hors de cette ambiance, se devait de n’être plus que l’ombre de lui-même,
Patate ayant été tout spécialement créé et mis au monde pour épater les filles de Bohême.
Y- Il y avait le Théâtre qui nous présentait tout autre chose que des navets :
Opérettes et fantaisies de CHAMBARETAUD, de KOLLER ou de PICAVET,
Alternant avec du moderne et du classique.
Z- Il y avait une très acceptable musique.
Y- Il y avait le susdit KOLLER et Marc MEYER, nos subtils chansonniers ;
Evidemment conçus  de toute éternité pour réjouir les pauvres prisonniers.
Z- Il y avait la Grand’Messe du Dimanche avec chorale.
Y- Il y avait les matinales exhibitions de l’équipe théâtrale,
Présentant invariablement un numéro de ramassage de poubelles d’un réalisme des mieux réussis.
Z- Il y avait les puces aussi…
Y- Il y avait les conférences :
POILLY Robert et Robert BRÉGEON,
Qui chacun à leur façon.
Nous promenèrent parmi les gens et choses de douce France.
-Biblio [surnom de Jean GOUROT, le bibliothécaire], dont les causeries littéraires emportaient au septième ciel de la poésie un public de qualité.
-Maurice GABÉ, qui sut nous faire goûter la germaine littérature, malgré le parti-pris premier de l’hostilité.
-Charles BOCHEREL, dont les histoires de nègres réjouissaient dûment l’assistance.
-De RENGERVÉ, commentant le droit et l’histoire avec compétence.
Z- Il y avait le R.P. CORBE, dont l’impressionnante auréole d’omniscience s’adoucissait d’inénarrable popularité,
Et qui était le grand diseur des bobards de qualité,
Qui nous parlait tour à tour de l’évolution, du principe de causalité ou de Charles Trenet.
Et dont l’allant, le dynamisme et la sportivité, irrésistiblement vous entraînaient.
Y- Il y avait d’abracadabrantes histoires de relève…..
Z- Il y avait les « Marche ou Crève » [nom donné à un type de cigarettes]
Dont le parfum était célèbre jusque parmi les peuplades les plus éculées de l’Europe Centrale.
Et qui, pour nous, remplaçaient avantageusement les Gauloises bleues par trop banales.
Y- Il y avait les Gars, qui, pour nommer les choses par leur nom, étaient très forts :
Tel le « Tréteau » prétentieux et démesuré, ornant les cartes de travail des malades abandonnés à leur triste sort.
Telles les « Marche ou Crève » de luxe qu’à l’instant vous citiez.
Aussi les « Chapeaux verts » et les « beaux-frères » en vigueur sur tous les chantiers,
Les « Gueule en Or » et les brillants « Casque de Cuivre »
Les pullulants « Choux-verts » qui vous mettaient au cœur la joie de vivre.
Les « Komm-Komm » [Venez-venez] de 15 ou 20 firmes et les « Nimbus » plus ou moins anémiés.
(Je me souviens avec bonheur d’un rayonnant « Sourire d’Avril » et même d’un très identique Saint Galmier).

Z- Souvenons-nous des jours heureux de l’Hydrierwerk où nous étions les braves et purs « Gefang » [prisonniers] sous le signe du triangle et du K.G. [abréviation de Kriegsgefangenen, soit prisonnier de guerre]
….Quand nous nous rependions sur les routes du Dimanche en longues théories dont nous mitigions la martiale discipline par nos airs dégagés !
….Quand déferlaient dans l’usine monstre nos hordes houleuses de dantesques tâcherons.
Y- Souvenons-nous des jours anciens et pleurons !

Puis les deux ombres d’ex-prisonniers du Camp B disparaîtront dans les ténèbres du Walhalla [Le Walhalla est un temple néo-dorique en marbre situé à Donaustauf au bord du Danube, à 10 km en aval de Ratisbonne, en Bavière, Allemagne. Ce monument imposant fut édifié dans la vallée du Danube entre 1830 et 1842 dans un site imposant, par l'architecte Leo von Klenze pour le compte du roi Louis Ier de Bavière. Ce dernier voulait en faire le mémorial (la Walhalla constitue le séjour des héros dans la mythologie nordique) des grands hommes qui illustrèrent la civilisation allemande : artistes, militaires, rois, empereurs, scientifiques, personnalités, etc... [1] ]Alors se lèveront deux ombres à treillis larges et courts du Camp B,
Qui diront de l’Hydrierwerk les difficiles, les mirifiques, les homériques débuts.
Car, si j’en parlais moi-même, tard venu du Camp B, il y aurait de l’abus ! [2]

Paul PATTIER




Paul PATTIER écrira qu’au-delà des barbelés du camp 17/18 :
« Il y avait la colline de Brüx, piquée de sa tour sans garde, comme une présence
Où ne veillait cependant pas notre sœur Anne d’Espérance….. »[3]



Sources :
[2] Documentation François Léger

[3] Cliché : documentation François Léger

Article de François Léger d'après sa documentation


13 mai 2014

Adieu, les gars !...


Aux victimes du bombardement de Brüx du 12 mai 1944



Vous aviez comme nous longuement attendu,
Vers des cieux moins grisaille étaient vos cœurs tendus,
Ô frères malheureux, dans la mort étendus !

Vous aviez, comme nous, là-bas, votre village,
Usine, échope, étal, bureau, riant cottage...
Et ces lointains aimés vous soufflaient le courage.

Vous chérissiez souvent les évoquer, le soir,
Quand, néfaste rôdeur, planait le désespoir...
Déjà des bras s'ouvraient pour vous y recevoir !

Bras de vieilles mamans, sur le seuil avancées,
Bras de gosses grandis, bras blancs de fiancées,
Bras d'épouses enfin, aux fidèles pensées.

Lorsque le camp dormait en écoutant leurs voix,
Il vous est arrivé de connaitre les lois
D'un destin douloureux ... et de pleurer parfois ...

Mais, un jour, c'est l'enfer ! Mon Dieu quelle hécatombe !
Le ciel laisse échapper des chapelets de bombes,
Le feu, le fer et l'eau viennent fermer vos tombes...

Ce sont membres épars et crânes pourfendus,
Lambeaux humains noircis aux poutres suspendus...
Ah ! déchirants adieux qu'on n'a pas entendus !

Dans ce tohi-bohu, ce sont en toutes langues
Des cris mourants  jetés par des bouches exsangues ...
Dernier sursaut de l'âme au sortir de sa gangue ...

Et, tandis qu'aveuglé, dans ce fumant décor,

L'ami venu trop tard recueille votre corps,
Là-bas, l'être adoré veut espérer encor...

Mes frères, est-il vrai, qu'un simple mot : "Patrie"
Demande tant de pleurs et tant de chair meurtrie ?

Près de vos humbles croix, je m'agenouille et prie ...

Henri GIRAUD, mle 51.897/IV B
Schimberg (Komotau), mai 1944





("Le Lien" extrait du n° 171 de mai-juin 1974)