22 juin 2020

Les "docteurs"

Les "docteurs" ayant exercé au Stalag 
ou dans les Kommando


   Les médecins, dentistes, pharmaciens sont, une fois libérés de leurs obligations militaires, placés en général sous le statut d'officiers de réserve. Devenus prisonniers de guerre, leur place est donc normalement en Oflag, avec les officiers de carrière...
Néanmoins, les Stalag et leurs Kommando ont besoin de ces personnels soignants pour exercer dans les Lazarett (hôpitaux) et Revier (infirmerie).

   Au IV C, comme partout, il y a donc un certain nombre de "docteurs" que l'on peut répartir en plusieurs "catégories" :
- les médecins officiers de carrière ;
- les médecins officiers de réserve ;
- de rares médecins sous-officiers supérieurs (adjudant-chef ou adjudant) de carrière ou de réserve ;
- les étudiants en médecine (à quatre inscriptions validées et présents aux Armées depuis au moins une année) qui sont appelés médecins auxiliaires ;
- les "autres", étudiants en médecine... 


Médecins, prisonniers de guerre

  • AUSSAYE Henri, 1490/Oflag IV C, ° 1906 Vichy (Allier), médecin lieutenant, connu sous le sobriquet "Le Bouc", au camp de Brüx-Hydrierwerk de 1941 à août 1943. Médecin de la Sécurité sociale à Vichy après guerre ;
  • BARRAUD Jean, 50541/VII A, ° 1914 Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), médecin adjudant, arrive du Stalag IV G le 27/01/1942 et est affecté à l'infirmerie de Pokau ;
  • BÉNYCHOU Joseph, 1492/Oflag IV C, ° 1911 en Algérie, médecin lieutenant, repart vers l'Oflag IV C le 9 février 1941 ;
  • BOUSSON Jean-Auguste, 67761/IV B, ° 1913 Besançon (Doubs), médecin auxiliaire, arrive au Lazarett de Bilin le 18/09/1942 (auparavant au IV F). Repart le 18 mai 1943 par train sanitaire en vue d'être libéré ;
  • BRY Camille, 58862/IV B, ° 1920 Rodez (Aveyron), médecin auxiliaire, repart en France à la fin août 1943 ; 
  • CELLERIER Jean, 1496/Oflag IV C, ° 1908 Beaumont (Puy-de-Dôme), médecin lieutenant, arrive le 1er mai 1941 de l'Oflag IV C pour ........... Absent des listes Pascaud 
  • CHASSY Auguste, 1497/Oflag IV C, ° 1906 Arles (Bouches-du-Rhône), médecin ......,  part le 1er juillet 1941 pour le Lazarett 128 de Berlin-Biesdorf ; Absent des listes Pascaud ;
  • CORMANSCHI Serge, 376/Oflag X B, ° 1910 en Roumanie, médecin auxiliaire, arrive de l'Oflag X C le 17 mars 1942 et travaille à l'infirmerie de Triebschitz. Repart vers l'Oflag IV C le 13 juillet 1943 ;
  • DERONDILHE Jacques, 10400/IX C, médecin auxiliaire, à l'infirmerie des B.A.B. 23 et 43 d'Oberleutensdorf (Camp 27) ;
  • DOUNET Antoine, 1503/Oflag IV C, ° 1911 Paris, médecin lieutenant, infirmerie de Wistritz puis de Komotau en 1942. Repart le 23/09/1943. Mort de congestion au cours d'une baignade ;  
    Antoine DOUNET
  • DUPUY Francis, 733/Oflag VIII A, chirurgien-dentiste, lieutenant, à la station dentaire de Wistritz ;
  • FAILLER Pierre, 1542/Oflag IV C, ° 1914 Plonéour-Lanver (Finistère), étudiant en médecine, arrive le 1er mai 1941 de l'Oflag IV C et repart le 24 juin 1941 pour le Stalag IV B ; Absent des listes Pascaud ;
  • FÉDIT Fernand, 1505/Oflag IV C, ° 1902 Thiers (Puy-de-Dôme), médecin lieutenant, dentiste à .... . Arrive sur le IV C le 30 mai 1941 en provenant de l'Oflag IV C ; Absent des listes Pascaud ; 
  • GAYRAUD Jean-Gaston, 3683/Oflag IV D, ° 1902 Lavit (Tarn-et-Garonne), médecin......   , à l'infirmerie de Johnsdorf en 1942. Départ pour l'Oflag IV D en juillet 1942 ;
  • GOUESIN Francis, 1543/Oflag IV C, ° 1913 Clohars-Carnoët (Finistère), médecin  adjudant, arrive de l'Oflag IV C le 1er mai 1941 et exerce dans les infirmeries de Hertine-Welbot, Komotau, Wistritz et Johnsdorf. Il quitte le 28 octobre 1943 en vue d'être libéré. Médecin de la Sécurité sociale au retour ;
  • GUÉRIN Jérôme, 177/XIII A, ° 1914 Carpentras (Vaucluse), médecin sous-lieutenant, rejoint le IV C le 1er avril 1943 et s'occupe des P.G. soviétiques après un "séjour" à Rawa-Ruska. Il repart vers la France à la fin août 1943. Il est l'auteur d'un ouvrage. [1] 
  • GUYONNET Roger, 1510/Oflag IV C, ° 1904 Mexon  ? (      ), médecin lieutenant, arrive de l'Oflag IV D le 05/07/1941 pour exercer à l'infirmerie de Johnsdorf et, plus tard, à celle du Camp 27 (B.A.B.) ;  
  • JEAN-LOUIS, Jules, 66323/IV B, ° 1916 Antibes (Alpes-Maritimes), médecin .... arrive du Stalag IV C le 02/02/1942 et est affecté à Bilin.
  • KOHEN Ignace, 4052/V D, ° 1906 Paris 12, médecin ......  arrive de l'Oflag IV C le 17 mars 1942 et repart au même camp le 21/09/1942. Absent des listes Pascaud ;
  • LANTHEAUME Francis, 1511/Oflag IV C, ° 1909 Monistrol (Haute-Loire), médecin ....... au Lazarett de Bilin en 1942. Part pour le Stalag IV F le 14/10/1942 ; 
    Francis LANTHEAUME
  • LAPIERRE Jehan, 1512/Oflag IV C, ° 1910 Houdelaincourt (Meuse), médecin ......... arrive du Stalag IV le 1er juillet 1941 pour exercer à Johnsdorf. Repart le 20/11/1942 vers le Stalag II A ;
  • LARDY Georges, 1513/Oflag IV C, ° 1907 Saint-Hileuze ?? (        ), médecin lieutenant, envoyé à Rawa-Ruska le 30/09/1942. Absent des listes Pascaud ;
  • LAUTHIER ou LANTHIER ou GAUTHIER au Lazarett de Bilin en février 1942 ;
  • LERAY              , médecin ....... , infirmerie de Wilsdorf  en 1942 ;
  • LERAY              , médecin ......... , à Aussig Schreckenstein - Kdo 346 ou 376 ;
  • LERICH Norbert,1515/Oflag IV C, ° 1908 Paris, médecin lieutenant, arrive de l'Oflag IV C le 1er mai 1941 pour travailler à l'infirmerie de Pokau, quitte le 20/11/1942 pour le Stalag II A ; 
    Norbert LERICH
  • LHERAND Alfred,       , médecin lieutenant, 
  • LIORET Bernard, 1516/Oflag IV C, ° 1908        , chirurgien-dentiste, lieutenant, à la station dentaire de Dux, tué lors d'un attentat à la bombe à Lyon le 8/11/1943 ;
  • MACREZ Claude, 1517/Oflag IV C, ° 1909 Paris, lieutenant, part au Stalag IV A le 11/08/1941 ;                                 
    Claude MACREZ
  • MALABRE Henri,             médecin auxiliaire
  • MANDEL Simon, 31970/IX C, ° 1909 en Pologne, médecin auxiliaire, à Reinovitz en mars 1942 (après un séjour de huit mois à l'Oflag IV C de Colditz). Le 13 juillet 1943, il est envoyé par mesure punitive à l'Oflag disciplinaire X C de Lubeck où il est resté jusqu'au 2 mars 1945 avec interdiction d'exercer la médecine. Ce médecin n'a donc jamais été relevé...
  • MEYNIEL Joseph, 1520/Oflag IV C, ° 1912 Aurillac (Cantal), médecin lieutenant, arrivé du Stalag IV A le 12/05/1942, il repart le 20/11/1942 pour le Stalag II A. Absent des listes "Pascaud" ; 
  • NICOLAS Marcel, 1521/Oflag IV C, ° 1910 Parnot (Haute-Marne), médecin lieutenant, part le 4 juillet 1941 pour le Lazarett 119 de Berlin ;                   
  • NIEGO Henri, 1522/Oflag IV C, ° 1913 Paris, médecin ....... , au Kommando 459 et à l'infirmerie de Johnsdorf . Repart vers l'Oflag IV C le 13/07/1943 ; 
  • PARENT Maurice, 4948/Oflag IV D, ° 1903 Coulommiers (Seine-et-Marne) médecin capitaine, arrive au IV C le 12 mai 1943 en provenance de l'Oflag IV ...  où il était le médecin personnel du général Girault (évadé le....). Il repart le 24 août 1943 ;         
  • POIROT                        , médecin ........ , était à Brüx-Hydrierwerk en avril 1941 ;
  • POLIGNY (de) Oleg, 4400/Oflag IV D, ° 1916 en Russie, médecin auxiliaire, arrive le 1er mai 1941 de l'Oflag IV C et repart pour le Stalag IV B le 26 juin 1941 ; Absent des listes Pascaud ;
  • PORTEILS Joseph, 1528/Oflag IV C, ° 1911 Villelongue-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales), médecin auxiliaire, arrive de l'Oflag IV D le 1er mai 1941 pour exercer à l'infirmerie de Triebschitz ? . Il est au Revier de de la Brüx-Reichsbahn en mai 1942 puis au Kommando 459 en octobre 1943 ;
  • RENAUX Émile-André, 5146/Oflag IV D, ° 1910 Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), médecin ..... arrive du Stalag IV A le 09/07/1942. Absent des listes Pascaud ;
  • THÉODOLY-LANNES André, 47911/III A, ° 1908 Pau (Pyrénées-Atlantiques), lieutenant, dentiste à la station de Düx (remplacé par Maurice MARIE) à partir du 06/07/1942 ;
  • THOMAS Jean-François, 3507/Oflag IV D, ° 1911 Fécamp (Seine-Maritime), médecin auxiliaire, à Brüx-Hydrierwerk en 1942-43 ; 
   En 1943, les "docteurs" bénéficient de la Relève, comme certaines autres "catégories" de prisonniers de guerre. 

Les médecins "releveurs"

"Ils étaient animés, nous dit Pascaud, par le désir, soit de soigner et d'assister leurs compatriotes captifs, soit - plus prosaïquement - d'échapper au S.T.O.

Pour leur donner plus d'importance, plus de "poids" auprès des militaires allemands, le Gouvernement français accorda d'office le grade de sous-lieutenant aux plus jeunes, lesquels allaient effectivement revêtir l'uniforme militaire pour la première fois en partant pour l'Allemagne.
Détail important : contrairement aux promesses formelles qui leur avaient été faites par les services allemands de France, avant leur départ, d'avoir le droit de revêtir un costume civil (en dehors des heures de travail ou de présence), d'avoir des rapports normaux avec la population civile, de coucher en ville et d'aller librement au  restaurant, au cinéma ou au spectacle, les médecins releveurs durent impérativement s'intégrer dans la masse des P.G. français et subir le même sort que ceux-ci, dans les mêmes conditions que les médecins prisonniers qu'ils étaient venus remplacer..."
Comme leurs prédécesseurs, les médecins releveurs ont reçu une immatriculation de P.G. enregistrée, pour la majorité, au Stalag IV C.
  • BLANCHARD Marius, 9025/IV C, ° 1913 Ars-en-Ré (Charente-Maritime), médecin ...  capitaine, à l'infirmerie de Brüx-Hydrierwerk (avait un frère P.G. dans le district de Reichenberg) ;
  • CAUSSE Robert, 10532/IV C, ° 1920 Les Sables-d'Olonne (Vendée), médecin sous-lieutenant, à Brüx-Hydrierwerk en octobre 1943 puis à l'infirmerie de Wilsdorf jusqu'à la mi-mai 1944 et enfin à Johnsdorf ;
  • FAVIER Marcel, 9026/IV C, ° 1916 Arinthod (Jura), médecin lieutenant ou capitaine ?, infirmerie de Brüx-Reichsbahn jusqu'au 15 oct. 1943 (IMPOSSIBLE) ??? puis à Schönlinde et enfin à Brüx-Hydrierwerk ;
  • FOSSE Jean-Louis,                   au Camp 27 (B.A.B.) ?, 
  • GALANT Antoine, 9028/IV C, ° 1921 Pontoise (Val-d'Oise), médecin sous-lieutenant, infirmerie de Johnsdorf en octobre 1943, à Triebschitz en août ou sept. 1944, à Wilsdorf à partir de la fin 44. Devait être adjoint de Madranges.
  • GOMER Maurice, 10536/IV C, ° 1920 Pau (Pyrénées-Atlantiques), médecin sous-lieutenant, à l'infirmerie des B.A.B. du Camp 27 en août 1944, puis au Lazarett de Bilin ;
  • GONTIER Pierre, 9027/IV C, ° 1918 Rodez (Aveyron), médecin lieutenant, à l'infirmerie de Hertine d'oct. 1943 à août 1944. Serait mort en Indochine !
  • MADRANGES Maurice, 96320/IV B, ° 1911 Versailles (Yvelines), chirurgien, capitaine de carrière, à l'infirmerie de Pokau  d'oct. 1943 à mars 1944, puis à Wilsdorf, peut-être au Lazarett de Bilin ;
    Maurice MADRANGES
  • MARIE Maurice,  9024/IV C, ° 1922 Paris 15, sous-lieutenant, dentiste, station dentaire de Düx en sept. 1943 ;
  • MOULINIER Edmond-Jean, 20001/III D et 89355/III B, ° 1908 Nantes (Loire-Atlantique), médecin ...... à l'infirmerie de Johnsdorf, à Brüx-Hydrierwerk en déc. 1944 ;
  • PELLEGRINI Jean, 9030/IV C, médecin ........ affecté au B.A.B. 11 du Camp 27 qui a quitté les Sudètes fin 1943 ou début 44 ; 
  • ROPARS Auguste, 9020/IV C, ° 1918 Plouguer (Carhaix-Plouguer - Finistère), médecin lieutenant, militaire de carrière. De la fin 1943 à la libération il a toujours été à l'infirmerie de Wistritz. Est devenu médecin-chef français du Stalag. Est resté à son poste, bénévolement, jusqu'en juillet 1945 ; 
  • RUELLAN Yves, 9023/IV C, ° 1914 Guingamp (Côtes-d'Armor), médecin lieutenant, à l'infirmerie de Schönlinde, puis à Brüx-Reichsbahn et peut-être Triebschitz. Rapatrié comme grand malade, fin 1944 ; 
  • VALDEYRON René, 9022/IV C, ° 1909 Montpeyroux (Hérault), médecin, capitaine de carrière, à l'infirmerie de Wilsdorf (remplace le Dr Parent) de juillet décembre 1943, puis Brüx-Hydrierwerk jusqu'en mars 1944, Aussig-Pokau de mars à sept. 44, Komotau de sept. 44 à janvier 1945, et enfin à la Brüx-Reichsnahn ;
  • VERDIER Georges, 10431/IV C, ° 1920 Joinville (Haute-Marne), médecin sous-lieutenant, dentiste, station dentaire de Wistritz jusqu'à la libération ;


Sur l'ensemble des camps ont participé à la Relève :
Médecins d'active :
- Médecins du Service de Santé, Armée de Terre....... 298
- Élèves de l'École du Centre de Santé......................... 64
- Médecins des Troupes coloniales............................... 43
- Médecins de la Marine................................................ 25
- Élèves de l'École du Service de Santé de la Marine... 20
- Médecins de l'Armée de l'Air.......................................12
                                       Total .................................... 462

Médecins de réserve :
- Médecins requis.............................. 39
- Médecins volontaires...................... 10
- Étudiants en médecine requis......... 66
- Étudiants en médecine volontaires... 3
                                  Total ..............118    

- Pharmaciens d'active........ 4
- Pharmaciens requis.......... 6
- Pharmaciens volontaires.. 4
                        Total...........14

- Chirurgiens dentistes requis........ 53
- Chirurgiens dentiste volontaires... 1
- Étudiants en art dentaire............. 36
                                  Total............ 90

Sources :
- "Les médecins de la relève", article des Échos du IV C, n° 4, mai 1947
- Feuillets manuscrits d'Élie-Jean Pascaud
- Dépouillement de Meldungen au S.H.D. Caen, cote 22P215 à 22P217

[1] Rawa-Ruska, camp de représailles, Éditions Oris, Marseille, 1945   


Pour en savoir plus sur La maladie, la mort, les médecins... au IV C, lisez La vie des Prisonniers de guerre en Bohême, Éditions Laurent Guillet, 2019. 

Cet article sera complété au fur et à mesure du recueil de nouveaux éléments.

Les photos
 sont sous licence CCBY-NC-SA 2.0 FR

13 juin 2020

Le Camp 17-18 de Brüx-Hydrierwerk

Le Camp 17-18


   Le Camp 17-18, dit de Brüx-Hydrierwerk, se trouvait en fait sur le territoire de la cité de Maltheuern (Záluží, commune éteinte aujourd'hui, rattachée en 1943 à Oberleutensdorf). 
Le détachement était implanté tout près du chantier de l'usine d'hydrogénation de la STW.

   Dans son ouvrage [1], le Breton Roger Le Gall le décrit comme "... un vrai Stalag miniature". D'autres P.G. le désignent comme "le grand camp".

   Le Camp 17 est aussi appelé camp A, et le Camp 18, camp B. Ils sont séparés par une grande cour qui sert aux rassemblements. 
Plus de 5 000 prisonniers français vont occuper,  dès l'été 40, les trente baraques construites sur l'ensemble du site.


   Outre les prisonniers du Kommando 459, le site va héberger, à compter de 1942,  des centaines de captifs regroupés dans plusieurs compagnies de Bau-und-Arbeitsbataillon (B.A.B.)  et notamment ceux des B.A.B. 4 et 27 qui occupent le Camp 17.

   Au départ, des B.A.B., dans le second semestre 43, les ouvriers spécialisés français sont remplacés par des prisonniers d'autres nationalités qui vont occuper le Camp 18.
Les P.G. français sont encore au nombre de 2 100 en avril 1944, tous au Camp 17. 
 
Pour en savoir plus... lisez "La vie des Prisonniers de guerre en Bohême", éditions Laurent Guillet, 2019 

[1] - Un Mao en cavale ou la ronde d'un Chuk, Éditions Kelenn, 1981
[2] - Plan du Camp 17-18 daté du 5 août 1943, aimablement fourni par Edvard D. Beneš
  . Traduction de Gérard B. et repris d'après une version de François L. publiée en sept. 2014 sur le groupe Facebook Stalag IV

04 juin 2020

Les ecclésiastiques

Les ecclésiastiques

   Des prêtres et autres aumôniers, soldats de l'Armée française, se retrouvent prisonniers de guerre en juin 40. Le Stalag IV C et ses Kommando principaux vont "bénéficier" de ces ecclésiastiques.

  À l'automne, ils sont plus de soixante-dix dans les divers Arbeitskommando (A.K.) du IV C. Un nombre trop élevé au goût des autorités de Wistritz qui décident d'en renvoyer une trentaine vers le Stalag IV A.
   Ils sont dits "inutilisables" et repartent le 18 novembre 1940 sur Elsterhorst, camp principal où ils ont été immatriculés quelques semaines plus tôt.

   
Font partie du "voyage" retour [1] : AUBERT Gustave, 4946/IV C - BARNÈCHE Henri, 7326/IV C - BAUDRY Eugène, 7398/IV C -BOULANGER Raphaël, 7593/IV C - BOURDETTE Francis, 7710/IV C - BOYER Georges, 6558/IV C - BRETHES Paul, 7706/IV C - BUSIÈRE Jérémie, 6559/IV C - CAUDAL Ange, 7395/IV C - CHAUVIN André, 6561/IV C - COURET Maurice, 6822/IV C - COURS Félix, 5231/IV C - DEBRUYNE Pierre, 7591/IV C - DOUCET Joseph 7396/IV C - DUBES Joseph, 7598/IV C - GAMBLIN Gilbert, 8396/IV C - GARNIER Louis, 7599/IV C - GINHOUX Aimé, 7596/IV C - GOYHENETCHE Ignace, 7347/IV C - HÉRAY Guillaume, 4603/IV C - HOURIE Jean-Louis, 7709/IV C - JOUVENCEAU Adrien, 4958/IV C - LADAGNOUS François, 4748/IV C - LAFONT Albert, 7707/IV C - LECLERC René, 5233/IV C - LE GALL Guillaume, 7397/IV C - LEMAILLE Arthur, 7592/IV C - MAILHARRO Jean, 7327/IV C - MARCHAND Gustave, 4615/IV C - MARTINE Félicien, 7714/IV C - MAURIN Raymond, 7644/IV C - PERSAT Joseph, 7589/IV C - VIJOUX Jean-Marie, 4614/IV C - VUARNET Jean, 6396/IV C -

    À la fin de l'année, ils sont encore quarante dans les Kommando, dont deux au Stalag : Henri DUPLECH, aumônier principal et Sauveur BELLEAU, son adjoint. 
En décembre 1941, une douzaine ont été rapatriés ou déplacés, hors IV C. 
Fin 1944, l'effectif est de vingt-six dont deux, devenus "Travailleurs libres" l'année précédente, qui ont été "priés" de revenir dans les rangs.

   Ont exercé leur ministère dans les A.K. du IV C, les ecclésiastiques suivants :

  • ARTIGALAS Michel à l'A.K. 198 ;
  • AUZQUI Léopold à l'A.K. 45, à Komotau et Reichenberg ;
  • BELLEAU Sauveur, ° 1907 Amendeuix-Oneix (Pyrénées-Atlantiques) curé de Salies-de-Béarn et d'Andrein (Pyrénées-Atlantiques),1632/IV C, bûcheron en Kommando, il refuse de travailler le 1er novembre 1940 et se retrouve devant le tribunal de Teplitz qui, finalement, le disculpe.
    Duplech réussit à le faire muter au Stalag où il devient, tour à tour, aumônier adjoint puis aumônier principal et enfin Homme de confiance principal. Il créé un réseau d'évasion - dont Duplech bénéficie - puis s'oppose aux collabos du camp. Il est évincé de sa fonction début novembre 1941.
    De retour en Kommando, il s'évade une première fois. Repris à la frontière suisse, il est renvoyé au IV C et rejoint un A.K. de Komotau. Nouvelle évasion et nouvelle arrestation alors qu'il se dirige, une nouvelle fois, vers la Suisse.
    Sa double évasion lui vaut d'être envoyé dans le camp tant redouté de Rawa-Ruska...
    Il sera plus tard reconnu comme Interné-résistant.
  • BELLU Alexandre, (Révérend-père), 12781 ou 12789/   , à l'A.K. 37, à Brüx ville et à la Reichsbahn de Brüx ;
  • BERTHIER François, 51373/   , à l'A.K. 267, à Oberleutensdorf ;
  • BLOT Charles, (Frère Daniel), à Triebschitz ;
  • BOCHEREL Charles, (Frère Clair) au Kommando 459 ;  
    Charles BOCHEREL
  • BOINOT Pierre, curé de Blanzay (Vienne), 68119/IV B, à l'A.K. 383, dans les Kdo de Schloss, Skiritz et Tetschen. Il devient aumônier du district de Tetschen-Bodenbach ;
  • BONNARD Jean, 54563/IV B, à l'A.K. 365 ou 395, au Koloseum de Reichenberg, à Oberleutensdorf et au Stalag où il est interprète et dessert les Kommando d' Eichwald, Kosten et Neu Wistritz ; 
  • BROGLIN Michel, 71934/IV B, à Nieder et Oberleutensdorf ;
  • CHERRUEL Francis, 5598/   , à l'A.K. 201 A, à Schöndlinde ;
  • CORBE Jean-Marie, (Révérend-père), 62183/X B, du B.A.B. 27, aumônier des B.A.B. en 42 et 43 ; 
  • DEAURIAC Henri, prêtre à Sens (Yonne), 527/IV C, dans un A.K. près d'Ebersdorf, au Kdo 311, au Koloseum de Reichenberg ;
  • DELOUF Vincent, premier aumônier du Kommando 459 ;
  • DUPLECH Henri, ° 1914 Sauveterre-de-Béarn (Pyrénées-Atlantiques), 54313/IV B, travailleur au Kdo 459 il se rebelle contre une sentinelle à l'automne 40. Il est envoyé au Stalag et, alors qu'il craint d'être jugé, on lui propose le poste d'aumônier principal. Il devient ensuite l'adjoint de Belleau qui l'aide à s'évader... De retour dans sa région, il s'engage dans la Résistance. Une rue, proche de l'église de son village natal, porte son nom. [2] 
  • DUPRAT Gaston, 7713/IV C, séminariste,                                       ;
  • GIARETTI Giovanni (don), 4346/FS 366, au Camp 27 B ; 
  • Daniel LADMIRAULT
  • GOUSSET Marcel, 15067/FS 170, au  Kdo 15, devient "travailleur libre" en 1943 ;
  • HARBAIS Bernardin, 5911/VI H, à l'A/K 126 B ; 
  • LADMIRAULT Daniel, 33177/    , à l'A.K. 63, à Bodenbach et Nieder-Ullgersdorf ;
  • LANÇARO Charles, 54557/IV B, dernier aumônier principal du Stalag. Il dessert les Kdos de Hertine et Kalkofen ;
  • LAUDRIN Jean, 3402/IV A, à Böhmisch-Leipa et au Kdo de Brzehor ;
  • LEFEUVRE Louis, (Révérend-père), moine à Plouharnel (Morbihan), 62329/XVII A, à Brüx ;
  • LEFRANC Jean, 38169/     , à Böhmisch-Leipa ;
  • LE GALL François, 33925/X B, au Kommando 459, Camp A ;
  • LE PEMP Corentin, 2818/FS 162, à l'infirmerie de Pokau ;  Corentin LE PEMP
  • LOAEC Jean, 64684/XVII A, de l'A.K. de Schützenhaus (Teplitz), il dessert les Kdos de Boreslau, Schallan, Schima, Teplitz, Turn ;
  • LOXQ René, à Wistritz et au Kdo 459 ;
  • MALSACRE Pierre ou Raymond 6191/   , à l'A.K. 390, à Nieder Georgenthal et à Triebschitz en 1944 ; 
  • MANTELET Pierre, 1004 ou 1007/FS112, à l'A.K. 226, à Reichenberg ;
  • MARTINET Jean, 44874/   , au Camp 27 (B.A.B.) et à Oberleutensdorf ;
  • MIGAULT Gabriel, 2189/VII B, au Lazarett de Bilin ; 
  • MOULIN Joseph,                       ;
  • NUTTE Jean, 47878/IV B, à l'A.K. 355 et à Sporitz I ; 
  • PINCHAU Pierre, 54151/    , à l'A.K. 290 A et à Aussig où il travaille chez un marchand de fruits et légumes ;
  • PUBERT Pierre, (Frère Clément), ° 1913 La Roche-sur-Yon (Vendée) Frère des Écoles chrétiennes à Nantes (Loire-Atlantique), 35283/IV B, à Brüx et à Turn. Le stade de La Roche-sur-Yon a porté son nom  ;
  • ROUXEL Emmanuel, 51130/   ,  à l'A.K. de Turn V. Il assure les offices dans le  district de Teplitz en 1943. Il devient travailleur civil ; 
  • SOL Marcel, aumônier d'un B.A.B.. Il meurt en 1946 lors d'une ascension en montagne ; 
  • TAVERSON Edouard, vicaire à Mésanger (Loire-Atlantique),1218/IV C, à l'A.K. 36 et au Kdo de Stadt Kazern de Brüx
  • VALTON Alfred, 1633/     , à l'infirmerie de Schönlinde ;
  • VILLENEUVE Augustin, 37691/    , à l'A.K. 57.

Pour en savoir plus sur La vie spirituelle au IV C, lisez La vie des Prisonniers de guerre en Bohême, Éditions Laurent Guillet, 2019. 

Cet article sera complété au fur et à mesure du recueil de nouveaux éléments.

[1] - Meldung 52/IV C du 20 novembre 1940, cote 22P215, archivée à la DAVCC de Caen et consultable sur RDV
[2] - Francis Duplech a publié le récit de son oncle, Henri Duplech, Mon évasion du Stalag IV C, Éditions Atlantica, 2011

La photo de Charles Bocherel est l'extrait d'un cliché de P.G. au Camp 17 de Brüx-Hydrierwerk (© Pierrick Bocherel). Celle de Corentin Le Pemp est extraite d'un groupe de prisonniers "infirmiers" à Aussig-Pokau (© coll. perso).
Elles sont sous licence CCBY-NC-SA 2.0 FR

19 janvier 2020

Le Stalag 325 de Rawa-Ruska


Le camp de la goutte d'eau et de la mort lente...





     Rawa-Ruska (Rava-Rouska) se trouve aujourd'hui en Ukraine et c'est dans ce camp - appelé aussi Stalag 325 - que sont envoyés les P.G. récidivistes de l'évasion.

     Les premiers arrivent au camp le 13 avril 1942 et prennent la place des Russes (20 000 vont y mourir...). En août de la même année, lors de la visite d'un délégué du C.I.C.R., on y dénombre
13 033 P.G. dont 3243 Français et 113 Belges au Stalag même, les autres étant répartis en Kommando de travail.

     Comme à Kobierzyn, (Stalag où sont envoyés les sous-officiers réfractaires au travail) l'eau ne coule qu'une ou deux fois par jour durant une petite heure... et d'un unique robinet ! 
Sous-alimentés, vêtus misérablement, chaussés de simples galoches ou de sabots pour éviter de nouvelles évasions, les P.G. sont parfois privés de lettres et de colis durant plusieurs semaines.
     Les fouilles, brimades, menaces par les armes, sont quotidiennes ! Les soldats allemands - et les Ukrainiens "blancs", anti-soviétiques - ont "la gâchette facile" au camp 325 ! Il est vrai que Rawa-Ruska est située sur d'anciennes terres polonaises... dont les habitants sont traités en Untermenschen, (sous hommes), et où des milliers de juifs sont rassemblés et voués à l'extermination.

     Malgré la dureté de leur détention les P.G. gardent le moral, se serrent les coudes et organisent leur vie pour la rendre aussi supportable que dans les autres Stalag : sport, conférences, théâtre...
     Le Stalag 325 est transféré, en novembre 42, à la forteresse de Lemberg (Lviv).

     Des P.G. du Stalag IV C vont rejoindre "le camp de la goutte d'eau et de la mort lente" (Sir Wiston Churchill dénomme ainsi ce camp) entre avril 1942 et juin 1943.

Voici leurs noms, avec la date de transfert (arrivée au Stalag 325) et le numéro de la Meldung correspondante :


15 avril 1942 - Meldung 168 :
BERTRAND André, 24891/IV B ; BRANCA Victor, 54434/IV B ; DUBOIS Lucien, 6055/IV C ; FATOUX Jean, 5285/IV C ; MENUET André, 11377/FS 133 ; PICQ Louis, 25851/IV A.

24 avril 1942 - Meldung 159 :
ALLEX Henri-Louis,1640/IV C ; BARTE Roger, 53453/IV B ; BUSTO Ernest, 6837/IV C ; CHARPENTIER Lucien, 5357/IV C ; DARS Louis, 11466/FS 133 ; DULERY Raymond, 52878/IV B ; GRAVA Vincent, 6405/IV C ; LENTEMENT Paul, 70282/II B ; LUTZ René, 55321 IV B ; MAHAUT Pierre, 29627/II E ; MOUCHON René, 282 IV C ; MURAT Jean, 56480 IV B.

08 mai 1942 - Meldung 168 :
CROZET Marcel, 65783/IV B ; DUTHEIL François, 4566/V C ; GOBERT Georges, 8594/IV C ; GUILBERT Roger, 39507/IV B ; MOTTET Pierre, 20326/V A ; OLIVIERO Marcel, 39511/IV B ; PAPIN Arthur, 52011 XX B ; PROVOST Raymond, 37719/IV B ; PUZIN Claude, 26501/IV B ; SOTTON Francisque, 2751/IV C.


15 mai 1942 - Meldung 179 :
BORNAT Édouard, 2383/IV C ; CHASSAGNE Georges, 7009/IV C ; COUSSAU Bernard, 4601/IV B ; GALY Jean, 2966/IV C ; GAVEAU Auguste, 8235/IV C ; PENDU Daniel, 53807/IV B ; ROULAUD Joseph, 11276/FS 133 ; SOUEGES Jean, 1672/IV C ; 

10 juin 1942 - Meldung 168 :
MOREL Jean, 6011/IV C ; MANGEAT Raymond, 55266/IV B ; SCHIFRES Jacques, 54195/IV B.

18 juin 1942 - Meldung 161 :
CAHON Léon, 4401/IV C ; CINCHON Henri, 64391/IV B ; DUBOIS Henri, 64644/IV B.


20 juin 1942 - Meldung 167 :
BERNARD André, 11195/FS 193 ; CLERC Bernard, 25764/IV A ; CUISSOT Robert, 2783/IV C ; LANCIEN Marcel, 56852/IV B ; PICHARD Jean, 2391/IV C ; PRÉVOST Eugène, 2777/IV C.

21 juin 1942 - Meldung 167 :
BRILLAT Nicolas, 65935/IV B.

22 juin 1942 - Meldung 163 :
BARDET Alphonse, 1264/IV C ; BAZET Henri, 4041/IV C ; BOISSIÈRE Georges, 72753/IV B ; BOISSON Émile, 1245/IV C ; BORDAS Marcel, 53153/IV B ; BOUE Lucien, 2119/IV C ; BOUVEROT René, 6763/IV C ; BRUGNON Marcel, 5379/IV C ; CHEFDEVILLE Eugène, 2920/IV C ; CHERUEL Jean, 70662/VII A ; DEFAUDAIS Georges, 14286/FS 124 ; DELPERIT Pierre, 804/FS 112 ; DESMAREST Fernand, 69625/IV B ; DETREZ Louis, 5819/IV C ; DORIZE Roger, 31373/VII A ; FRIGERIO Louis, 23987/V A ? ; GORTAULT Gaston, 6315/XIII B ; GUÉGAN Paul, 6823/IV C ; HERVOUET Fernand, 20908/V A ; LAFAYE Jean, 56621/IV B ; LAURIER Camille, 6311/XIII B ; LECRIT Roger, 21140/V A ; LE GALL Roger, 62234/XVII A ; LESQUER Raymond, 6252/XIII B ; MANGIANTE Nicolas, 51659/XIII A ; MARBOEUF Alban, 945/IV C ; MARTIN Robert, 34115/IV B ; MARTIN Robert, 5596/IV C ; MAUGERARD Jean, 32148/III B ; MÉDARD Roger, 5645/IV C ; MONTILLAUD Pierre, 4171/IV C ; MOREAU Pierre, 34097/IV B ; PASSERAT DE SILANS André, 52359/IV B ; PERRIN André, 37650/II D ; PIPEREAU Georges, 6165/IV C ; POIGNETTI Albert, 4745/IV C ; PRIN Jean, 7833/IV C ; QUAGLIO Albert, 52591/IV B ; ROMILLAC Pierre, 55871/IV B ; SAUVET Édouard, 6291/IV C ; TAILHADES Léon, 8356/IV C ; TURREL Paul, 2921/IV C ;  

30 juin 1942 - Meldung 159 :
BECHON Claude, 7887/IV C ; BULTHE Lucien, 4763/IV C ; GAILLARD Antoine, 56438/IV B ; MALLET Marcel, 6740/IV C.

30 septembre 1942 - Meldung 173 :
LARDY Georges, 1513/Oflag IV C.

28 octobre 1942 - Meldung 193 :
BASSAGET Gaston, 7689/IV C ; BONNEAU Joseph, 3494/IV C ; BONNET Pierre, 49609/IV B ; BOUTARD Louis, 4299/IV C ; BRAUD Robert, 4300 IV C ; BRIDET Raymond, 8546/IV C ; BURTIN Jules, 1374/IV C ; CAMY Jean, 7166/IV C ; CARRERE Georges, 1815/IV C ;  CHABRIER Jean, 3055/IV C ; CHATAING Félix, 7767/IV C ; CHERVEIX Louis, 2386/IV C ; COURCELLE Marcel, 6527/IV C ; CRETTE Joffre, 744/IV C ; DEMEURE Jean, 5576/IV C ; de PESTELE François-Xavier, 3147/IV C ; DIOUET Jean, 7106/IV C ; DUBREUIL André, 2441/IV C ; DUMONT Daniel, 5622/IV C ; DURAND Charles, 5453/IV C ; FERAIL Bernard, 11376/FS 133 ; FLAYOL Roger, 5011/IV C ; FRANZOI Jean, 3234/IV C ; FUZY Claude, 3124/IV C ; GAUTHIER Armand, 5381/XXI C/Z ; GONTHIER Marcel, 8662/IV C ; GUIRAUDET André, 8342/IV C ; LA BRACHERIE Jean, 4355/IV C ; LAFOURCADE Fernand, 2036/IV C ; LAMARQUE Jean, 1816/IV C ; LAMBLIN Pierre, 2557/IV C ; LEBRANCHU Anatole, 1611/IV A ; LENGUIN Pierre, 8420/IV C ; LE NOHAIC Yves, 36725/VII A ; LENTE Henry, 20188/IV B ; LERNER Moïse, 952/IV C ; LIETARD Germain, 1341/IV C ; LOUSTAUDAUDINE Alex-André, 7294/IV C ; MAGUER Jean, 60192/II A ; MANIGAND André, 2349/IV C ; MARCHAND Alphonse, 3113/IV C ; MARTINELLO Angelo, 289/IV C ; MONDELOT René, 4403/IV C ; MONTEREMAL Jean, 10785/FS 133 ; MORA André, 5012/IV C ; PANCHON, Bernard, 6234/IV C ; PAPON Joseph, 2928/IV C ; PERIGNON André, 6537/IV C ; PEYS Honoré, 5109/IV C ; PUBELLIER Marius, 5040/IV C ; RICHARD Ferdinand, 5725/IV C ; ROMAN Pierre, 4718/IV C ; ROQUES Joseph, 2100/IV C ; SANDRES Joseph, 56020/IV B ; SIMONIN Germain, 2382/IV C ; TASSIN Alphonse, 53306/IV B ; TAUZIET Jean, 1659/IV C ;  TROUSSET André, 5425/IV C ; VAN HEYE Jules, 11874/FS 133 ; VAZILLE Clément, 3126/IV C.

4 novembre 1942 - Meldung 197 :
AVELINE Fernand, 572/IV C ; BENARD Maurice, 55613/IV B ; BOUQUE Albert, 31611/III B ; CARREL Maurice, 52180/IV B ; DECOUR Gabriel, 52706/IV B ; DENIZOT Robert, 56104/IV B ; DESMARIES Jacques, 24824/III B ; DUFOUR Louis, 64629/IV B ; GAIA Raymond, 54251/IV B ; GASPARD Georges, 55768/IV B ; GATTINONI Claude, 70562/IV B ; LAMBRECHT Pierre, 23400/IV A ; LAPORTE Georges, 55970/IV B ; NERIN René, 8234/IV C ; PIEGAY Claudius, 64315/IV B ; PRAT François, 38623/IV B ; RANCILLAC Marcel, 55892/IV B ; REMON Louis-Marie, 23679/IV A ; SAVINO Pierre, 2006/IV B-FS 153 ; SERGENT Raoul, 51745/IV B ; THOYER Maurice, 25179/IV B ; TOPET Raymond, 69019/IV B ; VANZINI Vincent, 30705/IV B ; /YAHOUI Maurice, 52168/IV B. 

4 mars 1943 - Meldung 205 :
BENEY Henri, 488/IV C ; CUZIN Benoît, 1410/IV C ; DARCILLON Yves, 66665/VII A ; DOYEN Henri, 54499/IV B ; GIRARDO Georges, 3640/IV C ; GUERIN André, 6067/IV C ; LEBRUN Henri, 30940/IV B ; LEROY Victor, 48783/XVII B ; MARDONNE Louis, 1830/IV C ; MEYRAN René, 57729/IV B ; SOLAL Pierre, 11796/FS 133 ;  VERCAIGNE Gaston, 70322/IV B ; ZEJMA François, 53769/IV B.

10 avril 1943 - Meldung 205 :
BELLEAU Sauveur, 1632/IV C ; BRUNI Jean, 54432/IV B ; CROES Désiré, 2632/IV C ; MARTY Charles, 2411/IV C ; MONIER René, 2295/IV C.


17 avril 1943 - Meldung 205 :
ALONSO André, 54980/IV B ; COLON Antoine, 3102/... ? ; FERRATO Pierre, 6630/IV C ; LHOSTE Pierre, 11255/FS 133 ; MAYNIEL Gilbert, 3480/IV C ; OEILLET Jean, 5088/IV C.

7 mai 1943 - Meldung 208 :
ALEXANDRE Charles, 56051/IV B.

11 mai 1943 - Meldung 208 :
ALBRECHT Raymond, 53593/IV B ; BAILLY Claude, 55868/IV B ; CHARTIER Joannes, 27047/IV B ; COURTOIS Gaston, 55810/IV B ; FLAMAND Marius, 37235/IV B ; LAGACHE Jean, 53857/IV B ; LEGAY Augustin, 25349/IV B ; MARCHAL Pierre, 53983/IV B ; PARPAILLON Jean, 38342/IV B ; PIENS Marcel, 10921/FS 133 ; ROUSSEL Émile, 54860/IV B ; WIDENT Eugène, 29869/IV B. 

10 juin 1943 - Meldung 209 :
GRILLE Jean, 31247/IV A ; HAISSAT Marcel, 76291/IV B ; ROBERT Marcel, 24631/IV B ; SAUVANET Roger, 66363/IV B.

     Plus de 500 prisonniers, détenus au Stalag 325, vont rejoindre les rangs du Stalag IV C au cours des mois de février et mars 1943...
     Pour en savoir plus sur les évasions au Stalag IV C, lire le chapitre 17 de La Vie des Prisonniers de guerre en Bohême - 1940/1945 - L'histoire du Stalag IV C et de ses Kommando 


Sources : DAVCC Caen, 22P216, 22P217, rawa-ruska.net, Wikipedia

     Il existe une association et un site pour ce camp : rawa-ruska.net

01 janvier 2020

Meilleurs vœux


Une bonne et heureuse année 2020 à tous les lecteurs de ce blog !





08 décembre 2019

La vie des prisonniers de guerre en Bohême


J'ai le plaisir de vous annoncer la sortie du livre tant attendu...






Ouvrage de 272 pages - cahier photos intérieur en sus - 49 chapitres - format 16x24 - 


Préface de M. Christophe Woehrle, 
docteur en histoire et spécialiste de la captivité. 

Le livre est disponible près des Éditions Laurent Guillet, 20 Trévelo, 56220 Limerzel, Tél. 06 84 02 54 72 - Mail : laurentguilletlecteurs@orange.fr - Site :  www.laurentguillet.com (attention l'ouvrage n'apparaît pas encore sur le site suite à un problème en cours de résolution).

Prix 22 € + frais de port (5 € pour un ouvrage, 10 € pour deux livres et 12,50 € pour trois livres et plus). Attention, les tarifs postaux changent le 1er janvier 2020 !!! Les chèques sont à établir au nom des Éditions Laurent Guillet.

La liste des librairies de la région Bretagne-Pays-de-Loire actuellement approvisionnées sera prochainement disponible. L'ouvrage peut aussi être commandé près de votre libraire habituel.

Je peux aussi le remettre aux personnes de ma proche région et à mes ami(e)s. Mail : stalag.4c@sfr.fr ou au 06 81 91 19 89

Un site spécialement dédié est ouvert : https://loicpincondesaize.wixsite.com/laviedesprisonniers

Mais également une page Facebook : https://www.facebook.com/La-vie-des-prisonniers-de-guerre-en-Boh%C3%AAme-110334023780308/?modal=admin_todo_tour

Les dates de dédicaces et toutes les nouvelles concernant le livre sont disponibles sur les liens précités.


Livre ne veut pas dire arrêt du blog...
À compter de janvier, le blog sera repris avec la publication de photos et infos qui n'ont pu être placées dans l'ouvrage pour diverses raisons.











L'ouvrage de Laurent Guillet "Il s'appelait Joseph" publié en 2011 concerne également la vie d'un P.G. du Wehrkreis IV, devenu "transformé" et mort en Bohême en 1945.
Disponible chez l'auteur-éditeur dont les coordonnées figurent ci-dessus.


12 mai 2019

L'enfer de Brüx

Il y a 75 ans, le 12 mai 1944 :
premier bombardement meurtrier sur les chantiers
de l’usine de « Brüx-Hydrierwerk »


« L’enfer de Brüx »,

expression qualifiant un site tristement célèbre du Stalag IV C !


« Il est difficile de résumer en quelques mots les conditions d'existence de ces prisonniers. Il est pénible de voir ces hommes être dans de telles conditions de captivité. »
(J.E. Friedrich, délégué du C.I.C.R. suite à la visite du détachement de travail de "Brüx-Hydrierwerk", dépendant du stalag IV C, le 26 juin 1943).[1]


   Le Stalag IV C compte, dans l’Allemagne nazie, parmi la minorité de stalags où les kommandos industriels l’emportent. En effet, en pleine Saxe industrielle (chimie, textile, porcelaine, etc.), ce stalag compte 75% de kommandos industriels. Il faut se rendre dans la Ruhr pour trouver des kommandos qui donnent une prépondérance à l’industrie dans la circonscription du stalag VI D (90%). Il y a encore 41,6% de kommandos industriels au stalag VI A.[2] Le rapport du C.I.C.R. faisant suite à la visite du 2 décembre 1940 au Stalag IV C recense 18.349 prisonniers de guerre français et 30 belges. Il est précisé qu’au camp principal du IV C à Wistritz ne se trouvent que 273 prisonniers. Tous les autres sont répartis dans 225 détachements de travail dont le plus grand groupe compte à lui seul 5.800 hommes, dont nous savons qu’il s’agit de celui de « Brüx-Hydrierwerk ». Sur les 18.349 prisonniers du stalag IV C, à l’exception de 1.000 prisonniers qui sont occupés à des travaux d’agriculture, tous les autres travaillent dans l’industrie, notamment dans des carrières de lignite.[3]

   Même si le Stalag IV C compte de nombreux kommandos de travail, le détachement de « Brüx-Hydrierwerk » et les exploitations minières alentours vont faire à eux seuls la tristement célèbre réputation de ce stalag. Les prisonniers parleront de « L’enfer de Brüx »… et Henri DUPLECH [4] qui y passera trois mois évoque « ... l’enfer, le bagne de Brüx, le camp de la mort ». Roger DESPINARD, un ancien prisonnier de guerre du camp A (camp 17) de Brüx écrira : « Brüx, c’était "crève de faim", le travail forcé à l’usine.»[5] Grâce aux rapports d’inspection du C.I.C.R. et aux témoignages de prisonniers de guerre rapatriés, Yves Durand publiera sous le titre « L’enfer de Brüx », des informations concernant le détachement de « Brüx-Hydrierwerk » et les conditions de travail réservées aux hommes des camps associés. Il écrit : « Sur le versant sud de l’Erzgebirge, au sud de Dresde et à une dizaine de kilomètres au nord-est de la ville de Brüx, se trouvent les chantiers, mines et usines de l’entreprise d’hydrogénation appelée « Hydrierwerk-Brüx ». Au centre de la zone industrielle, voisins des gazomètres et des réserves de carburant, s’étendent deux camps de prisonniers. Cette région est évidemment une zone dangereuse ; l’air est empesté par la fumée ; la poussière de lignite et les émanations des usines de distillation le rendent insalubre. Plus de 8.000 prisonniers français et d’autres nationalités, ainsi que des travailleurs civils y sont employés. Les conditions de travail très dures, sa durée, les conditions de logement précaires font que l’existence de ces prisonniers est des plus pénibles. »[6]



L'usine de "Brüx-Hydrierwerk" où des milliers de prisonniers français et d'autres nationalités ont travaillé, dans une atmosphère empoisonnée, aux côtés  de milliers d'autres ouvriers et travailleurs civils, Allemands et étrangers.
(source photo : www.sandsteinzeit.bplaced.net
)
Des mesures de protection qui mettront du temps à se mettre en place !

   En juin 1943, aucune protection contre les bombardements aériens n’avait été réalisée pour les prisonniers au camp 17/18, à proximité de l’usine d’hydrogénation de la société « Sudetenländische Treibstoffwerke AG » (STW) près de Brüx. Celles qui étaient prévues ont été jugées inutiles par une commission d’économie venue de Dresde. L’inspecteur du C.I.C.R. J.E. Friedrich suite à sa visite dans les camps 17/18 et 27, le 26 juin 1943 écrit : « Les baraques (…) sont situées à côté des gazomètres et réservoirs d’essence, c’est-à-dire dans une zone éminemment dangereuse. La population civile, les travailleurs civils logés dans des baraques, et les membres de la Wehrmacht chargés de la garde des prisonniers disposent de tranchées-abris, c’est-à-dire de tranchées creusées à peu de profondeur (l’eau apparaît à environ 1.50 m sous le sol), recouvertes de briques et de ciment, qui présentent une bonne protection contre les éclats de D.C.A. et les effets de la déflagration. On avait prévu quelque chose d’identique pour les prisonniers ; des tranchées en zigzag (actuellement remplies d’eau et à moitié effondrées) ont été creusées par les prisonniers, entre les baraques, pendant leur temps libre. Une partie du matériel nécessaire (briques, planches et ciment) est resté sur place. Il est regrettable qu’une commission d’économie (« Spar-Kommission »), venue de Dresden [Dresde], ait fait cesser les travaux, estimant que les prisonniers n’avaient pas besoin d’une telle protection. Les Autorités militaires sont du même avis que nous à cet égard ; nous espérons que nos démarches auprès des Autorités supérieures procureront à ces prisonniers la protection à laquelle ils ont droit, au même titre que les autres habitants de la région. »[7]

   Des tranchées en zigzags seront cependant aménagées avant avril 1944 et sur le rapport de visite des inspecteurs Paul Wyss et du Dr Thudichum du 18 avril 1944, on peut lire : « La question des abris antiaériens s’est également beaucoup améliorée ; au camp 17, de nouveaux abris ont été construits, profonds et couverts ; les prisonniers en sont satisfaits. »[8] Toutefois, les deux délégués de La Croix-Rouge notent : « La situation de ce camp n’a pas changé, dans une zone dangereuse, où l’air est empesté de poussière, de fumée et d’émanations des usines de distillations. »[9] Au sujet des abris anti-aériens autour du camp 17/18 à Brüx, le rapport du C.I.C.R. du 27 octobre 1944 formule : « Ils sont satisfaisants en général. Depuis le bombardement de Brüx en mai, les prisonniers sont autorisés à se réfugier dans les mines, qui se sont révélées être des abris excellents. Les alertes sont données 40 minutes environ avant l’arrivée des bombardiers alliés, de sorte que les membres du personnel sanitaire peuvent transporter les malades en lieu sûr. »[10]



12 mai 1944 : un premier bombardement meurtrier


L'usine en feu  le 12 mai 1944
(source  photo : www. unipetrolrpa.cz)
   En juin 1943, le contingent de prisonniers de guerre français dans le district de travail de « Brüx-Hydrierwerk » était de 8100 hommes répartis en neuf B.A.B. (= Kriegsgefangenen-Bau- u.Arbeits-Bataillon) constitués de 600 hommes chacun et qui étaient en fait des B.A.B. autonomes et un détachement dépendant du Stalag IV C, portant le numéro 459, constitué de 2700 hommes. Les effectifs de prisonniers de guerre français du district de travail de « Brüx-Hydrierwerk » vont connaître d’importantes évolutions à la baisse au cours du second semestre 1943. Le 18 avril 1944, quelques semaines avant le premier bombardement, parmi les prisonniers du district de « Brüx-Hydrierwerk », on trouvait au camp 17/18, 2100 français (kommando n°459) uniquement répartis dans le camp 17 et 1200 français au camp 27 (B.A.B. n°23 et n°43) soit 3300 hommes. Il faut ajouter 1250 hollandais au camp 18.[11] Notons que sur les chantiers de l’usine, on trouvait également des Britanniques et des hommes de toutes les nationalités en guerre contre l’Allemagne. Ce premier bombardement du 12 mai 1944, il y a 70 ans précisément, fera de nombreuses victimes parmi les prisonniers de guerre. Le rapport du C.I.C.R. du 27 octobre 1944 stipule : « Le Stalag IV C, de Wistritz se trouve dans le pays des Sudètes, et la plupart de ses prisonniers sont groupés dans la région industrielle de Teplitz-Schönau, Dux, Brüx, Komotau, etc. Ce n’est qu’à partir du mois de mai de cette année [1944] que les attaques aériennes alliées sévirent dans cette contrée. Depuis le 12 mai 1944, la seule région de Brüx a subi 6 bombardements. » Ce rapport précise que le premier fut une surprise.[12] Le témoignage d’Augustin CREYSSELS qui se trouve dans la région de Brüx à cette date le confirme. Le cours délai entre l’alerte et le bombardement ne permettra pas de se protéger efficacement : « Le 12 mai 1944 vers 13h30, les sirènes sonnent l'alerte et 1/4 d'heure plus tard une « grosse » formation bombarde l'usine d'Hydrierwerk. Les dégâts sont importants et beaucoup de P.G. sont tués. »[13] Le journal de Charlemagne MIDAVAINE affecté à un kommando minier, non loin de l’usine d’hydrogénation de Brüx, est de la même teneur et souligne aussi la panique des jours suivants à l’annonce de nouvelles attaques ou de survols de la zone. L’attaque suivante n’aura lieu que deux mois plus tard, le 21 juillet. Ce témoin écrit dans son journal à la date du 12 mai : « 12 mai : Premier bombardement. J’étais à l’accrochage, [Dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, l'accrochage ou recette est l'endroit, dans le puits, où débouchent les bowettes. Il s'agit aussi de toutes les installations permettant de faire remonter la houille à la surface. Une fosse assez importante possède plusieurs étages de recettes ou accrochages.] nous avons bien entendu les bombes tomber. » Quand il remonte de la mine avec ses camarades « çà brûlait dur » à l’usine d’hydrogénation. Il ajoute : « Il paraît qu’il y a beaucoup de victimes car les salauds ont fait reprendre le travail avant le bombardement. Nous craignons que le camp de prisonniers français d’à côté [camp 17/18] n’ait pris quelque chose, ils sont 5000, on parle de 2000 victimes. » Le lendemain 13 mai, selon les informations dont dispose  Charlemagne MIDAVAINE et qu’il consigne dans son journal, « le camp de prisonniers près de l’usine n’a pas été touché » mais il est inquiet pour les P.G. qui devaient se trouver sur les chantiers de l’usine car l’attaque semble avoir touché sa cible. Il précise : « La première vague a fait mouche. On parle d’une centaine de prisonniers tués. L’usine continue à brûler. Hier, les prisonniers du kommando se sont éparpillés dans les champs, les civils aussi d’ailleurs. 15 mai : Les Anglais auraient annoncé qu’ils viendraient bombarder vers 4 h et demi. On verra. Depuis le bombardement nous sommes sans eau. À l’usine, beaucoup ont été noyés dans les abris. » Le 16 mai, dix hommes du kommando de Charlemagne MIDAVAINE se rendent à la cérémonie de l’enterrement des P.G. tués et ajoute pour cette date, dans son journal : « il y avait 57 français, 15 Italiens, et 32 Anglais [inhumés] ». À la date du 17 mai, on peut lire que lors du bombardement du 12 mai : « Des ouvriers réfugiés dans les abris ont été ébouillantés. D'autres ont été ensevelis vivants. Ils ont dégagé un Anglais après quatre jours et quatre nuits, il était fou. » Le 19 mai : « Midi-alerte. Des avions sont passés au-dessus de nous sans bombarder. Les civils étaient déjà éparpillés dans les champs. »[14]

Les P.G. fouillant les décombres après le raid aérien.
(source photo : 
http://litvinov.sator.eu/ )


Des bombardements et des alertes qui se poursuivent jusqu’en mars 1945 !



Les bombardements vont se poursuivre comme le relate le même journal de Charlemagne MIDAVAINE : « 21 juillet : nouveau bombardement, l’alerte a sonné à 11h, 10mn après, ils bombardaient. Il est venu une douzaine de vague. Je n’ai pas pu me camoufler, j’étais aux W.C. J’ai assisté avec 4 ou 5 copains au bombardement. Il y eu une fosse [il s’agit ici d’une mine de lignite à ciel ouvert] de touchée à 1 km où j’étais. Maltheuern et un camp de prisonniers a pris quelque chose. 22 juillet : ils sont revenus cette nuit, mais j’étais au fond [de la mine]. La D.C.A. a tiré mais ils ont bombardé plus loin à une quinzaine de km d’ici. 24 août : Troisième bombardement. 10 septembre : Midi alerte, nous descendons à la mine, nous remontons tous à 2 h et demi. 11 septembre : A 11 h et demi alerte. Ils bombardent la région jusqu’à midi. Nous distinguons bien quelques bombes. Toute la région de Brüx a pris. 16 septembre : Alerte une heure mais pas de bombardement. 23 septembre : Alerte à 11 h. Nous descendons à quatre et nous remontons à Guido 2 à 4 h et demi. Hydrierwerk [il s’agit de l’usine] et la région de Brüx ont pris. 23 octobre : Bombardement du camp avec bombes incendiaires. Plusieurs maisons civiles proches du camp ont flambé. 25 décembre : Noël. Alerte à 1h, nous avons la flemme de descendre à Guido. Nous allons aux abris. Bombardement de la région, 8 bombes sont tombées à 1000 m de l’abri entourant la tranchée où nous étions 300 et 4 sur le côté du camp. Nous l’avons échappé belle ! Dans l’abri, nous avons bien cru que cette fois çà y était. La première alerte puis une deuxième sonne. Il n’a pas fallu nous prier pour descendre à Guido. Mais la fin a sonné aussitôt. 16 janvier 1945 : A 11 h et demi alerte. Bombardement de la région. Les avions survolent l’usine à 3400 m d’altitude. Je démarre du kommando aussitôt les premiers coups de D.C.A. Je descends au puits voisin par les échelles. Les avions illuminent avant de bombarder. Beaucoup de dégâts dans la mine où nous travaillons, les bureaux sont soufflés. Il y a beaucoup  de bombes à retardement. 14 février : Trois alertes aujourd’hui : 11 h, 9 h et 21 h. Je descends au puits à côté. Bombardement de Brüx, d’Hydrierwerk et Jotterdorf. 19 février : Encore alerte à 11 h. »[15]

   Augustin CREYSSELS, un autre PG français évoque aussi le raid de Noël et celui qui dévastera l’usine à la mi-janvier et ne permettra pas une reprise de la production : « Pas de trêve le jour de Noël [1944], des bombes, encore des bombes... Et à nouveau le 15 janvier 1945 pendant 40 longues minutes : Hydrierwerk est détruite « à fond » selon les termes de ce témoin. Il évoque également le raid du 5 mars qui fera des victimes parmi les français.[16] Dans ses notes, Maurice GABÉ évoque Noël 1944 au camp 17/18 : « sous les bombes, brouillard, neige, épouvante. » [17]


   Entre le 12 mai 1944, date du premier bombardement et la fin de la guerre, Girbig qui propose un travail de référence sur l’offensive aérienne des alliés contre l'industrie allemande du carburant de mai 1944 à avril 1945, [18] recense 16 attaques [19] sur le complexe de l’usine d’hydrogénation de Brüx. Dans leur travail, D. Edvard Beneš et Karl Otto Novák [20] en dénombrent pour leur part 17 dont 13 en 1944 et 4 en 1945. 



De très nombreuses victimes parmi les civils et les prisonniers de guerre !


Ces bombardements répétés feront de nombreuses victimes parmi les hommes contraints de travailler sur les chantiers de l’usine, qu’ils soient prisonniers de guerre ou civils. Les civils des localités environnantes ne seront pas épargnés non plus. Le nombre précis des victimes n’est pas connu. Le rapport du C.I.C.R. du 27 octobre 1944 indique que le premier bombardement du 12 mai 1944, qui fut une surprise, aurait tué, parmi les seuls prisonniers de guerre, 68 Français, 50 Britanniques et 16 Hollandais. Il précise : « Lors de la seconde attaque, les Français n’ont perdu que deux hommes, et un au cours des suivantes. Les mesures de protection se sont donc révélées efficaces. » ou encore « La mort de deux prisonniers fut encore à déplorer au cours du second bombardement, mais aucun autre décès n’est survenu depuis lors [27 octobre 1944]. » [21] 


Le réfectoire du kdo 459 sert de chapelle ardente (collection Lacour)

   Toutefois, toutes les informations ne sont manifestement pas en possession des délégués de la Croix-Rouge, les Dr Thudichum et Landolt, qui rédigeront ce rapport du 27 octobre 1944. Les investigations menées par Loïc Pinçon-Desaize dans les archives d’Élie-Jean Pascaud, l’homme de confiance du Stalag IV C permettent d’identifier huit prisonniers de guerre français (principalement du B.A.B. n°43) morts le 21 juillet, très probablement des suites du second bombardement même si ce détail n’est pas précisé.[22]
Hommage aux disparus (archives Pascaud)
De même, des prisonniers de guerre italiens sont morts durant l’attaque du 12 mai comme le relève le journal du prisonnier français Charlemagne MIDAVAINE qui mentionne 15 décès. Toutefois, les chiffres retranscrits par ce P.G. qui étaient ceux propagés par le bouche à oreilles alors qu’il se trouvait dans la région de Brüx à cette date, restent lacunaires et manifestement sous-estimés. Il cite 57 français morts alors que le chiffre officiel serait de 68 et 32 anglais alors que le chiffre officiel serait de 50. En outre, il ne fait pas mention des hollandais décédés (16 selon les sources officielles).[23] En revanche, il n’est pas fait allusion aux hommes de nationalité italienne dans les rapports du C.I.C.R. mais Loïc Pinçon-Desaize confirme des morts parmi les italiens auxquels il est fait référence dans les archives d’Élie-Jean Pascaud, le dernier homme de confiance français du Stalag IV C (Loïc Pinçon-Desaize, comm. pers.). 
La délégation française conduite par
E.-J. PASCAUD (3ème à gauche au 1er rang)
(photo : archives Pascaud)

 Postérieurement au rapport du C.I.C.R. du 27 octobre 1944, des décès seront encore enregistrés. Ainsi, Augustin CREYSSELS évoquant les attaques de Noël 1944 et du 15 janvier 1945 écrit : « pas de victimes (ou presque) parmi les Français. Par contre le 5 mars le bombardement fait 400 morts dont 13 Français. »[24] Des notes de Maurice GABÉ, qui a été un temps, l’homme de confiance du kommando n°459 indiquent que le 9 mars [en fait, il doit s’agir du 5 mars], il y a eu un bombardement sur l’usine par un avion isolé qui a fait 50 victimes dont 13 au camp 17/18. Le prisonnier de guerre, André BARBARA, (matricule n°53761/ Stalag IV B, né en 1905 à Crouy/Ourcq, Seine-et-Marne) qui n'allait jamais aux abris est tué en y allant pour la première fois...[25]  Selon Loïc Pinçon-Desaize, si aucune liste des prisonniers morts n’a été dressée au Stalag IV C, treize hommes, prisonniers de guerre français, sont bien décédés le 5 mars.[26]


Témoignage


Depuis sa paroisse reculée des Basses-Pyrénées (aujourd'hui Pyrénées-Atlantiques), un prêtre évadé s'inquiète pour un ancien compagnon prisonnier à Brüx. 




Une liste de 47 des victimes parmi
lesquelles  Félix SERRANO,
l'ami de Duplech
(archives Pascaud)
   Henri DUPLECH (matricule 54313/IV B) est un prêtre qui avait connu, durant trois mois, le chantier de l'usine de Brüx avant d'être muté comme aumônier au camp principal du Stalag IV C de Wistritz qui était aussi le centre administratif de tout le IV C. Henri DUPLECH s'en évadera in extremis avec deux autres camarades alors que les autorités allemandes procédaient, par représailles aux évasions répétées, à la mutation des 3/4 des 200 prisonniers de ce camp vers des kommandos de travail. Parmi ces prisonniers, il y avait Félix SERRANO, l'un de ses proches compagnons, avec lequel il continuera à correspondre depuis la France où, après une évasion réussie, il parvient à rejoindre sa région et sera mis à l'abri à Eslourenties (Pyrénées-Atlantiques). A la radio, depuis sa paroisse, il prend connaissance de l'attaque aérienne sur l'usine de Brüx le 12 mai 1944. Il écrit : « Vers la mi-mai 1944, j'entendis à la radio, que l'usine qui fabriquait de l'essence synthétique, l'usine Hydrierwerk de Brüx où j'avais travaillé au début de ma captivité, avait été bombardée et qu'il y avait une soixantaine de prisonniers français de tués. C'est justement à Brüx que Serrano avait été muté après le balayage qui suivit les évasions de Wistritz. J'écrivis le 20 mai à mon camarade pour l'encourager. Ce n'est qu'en octobre que ma carte me fut renvoyée avec la mention "Gefalben", "Décédé". Cette carte me fut transmise par le secrétariat des Anciens combattants, spécifiant que Félix Serrano "était décédé le 12 mai 1944, au bombardement de Brüx". Je fus profondément attristé." .[27]

L'usine S.T.W vue du ciel après le bombardement
du 12 mai 1944 (source photo : 
http://litvinov.sator.eu/ )

   Le premier bombardement des forces alliées du 12 mai 1944 qui tua 68 prisonniers de guerre Français, 50 Britanniques et 16 Hollandais autour des installations de Brüx fut un choc pour les prisonniers tout comme dans la population civile des alentours qui va dénombrer des centaines de morts. Pour les prisonniers de guerre, une cérémonie en l'honneur des victimes aura lieu le 16 mai 1944 à Tschausch dans le cimetière de la chapelle du cimetière des prisonniers russes, aujourd'hui disparu.


16 mai 1944 : enterrement des victimes du 1er bombardement (collection Lacour)

La cérémonie aura lieu sur le territoire de Tschausch (actuellement Souš, République tchèque) près de la chapelle (en arrière plan) du cimetière des prisonniers russes. Cette chapelle était située à moins de 3km au sud de l’usine bombardée et du camp 17/18. Ce village de Souš, rattaché de nos jours à Most (Brüx en allemand) est situé à environ 3,5 km au nord-ouest du centre de cette ville. Le village de Souš a été démoli au cours des années 1960 pour permettre l’exploitation minière du lignite. De nos jours, il ne subsiste seulement qu’une petite partie du village d'origine.
[28]
Quant à la ville de Most elle a été déplacée pour les mêmes raisons.

Copie de la fiche de décès
de Daniel ALBERT
(archives Pascaud)
   Les recherches de Loïc Pinçon-Desaize permettent d’établir une première liste des prisonniers de guerre français du Stalag IV C, déclarés morts, notamment ceux victimes des bombardements autour du site de l’usine de « Brüx-Hydrierwerk » : 64 le 12 mai 1944, 8 le 21 juillet 1944 et 13 le 5 mars 1945. Tous ont été tués dans le district de Maltheuern et inhumés à Tschausch. Pour les cas de CHALMIN Henri, DESMOOR Gaston, NOUHAUD Jean et PEIGNEY René, les mentions du district d’appartenance et du lieu d’inhumation font défaut dans les archives même si nous pressentons qu’ils sont décédés du fait du bombardement et probablement enterrés à Tschausch. Pour le cas de VANDERHAEGEN André, son corps n’a pas été retrouvé. Pour plus d’information, le lecteur pourra se référer au travail de Loïc Pinçon-Desaize (Les Français, décédés au IV C. Morts en captivité... [29]

Inventaire des effets de Raymond BLANCHETOT
retournés à sa femme (archives Pascaud)


Des difficultés impressionnantes dans les camps autour de l’usine de « Brüx-Hydrierwerk » !


   Les bombardements répétés génèrent de nombreuses difficultés matérielles qui compliquent la vie des hommes, prisonniers de guerre dans les camps situés en périphérie de l’usine d’hydrogénation soumise aux bombardements alliés. Le rapport du C.I.C.R. du 27 octobre 1944 précise : « À Brüx, où se trouvent les grands détachements de travail industriels (avec plusieurs milliers de prisonniers de toutes nationalités) 15 baraques ont été complètement anéanties avec tout ce qu’elles contenaient ; de nombreuses autres encore ont été fortement endommagées. Il n’a pas été possible aux entreprises de remplacer ces baraques de sorte que les prisonniers ont été entassés dans celles qui subsistaient. Toutes les places disponibles ont été occupées et les réfectoires, salles de théâtre, etc. ont été transformées en dortoirs ; ainsi le nombre de prisonniers est beaucoup trop fort ; les autorités allemandes le reconnaissent fort bien, et ont assuré les Délégués que cette situation serait provisoire ; de nombreux cantonnements doivent prochainement être mis à disposition. »[30] Le camp n°22, installés non loin du camp 17/18 et qui compte 1900 prisonniers de guerre Britanniques travaillant pour la société « Sudetenländische Treibstoffwerke AG » (STW) dans l’usine d’hydrogénation de « Brüx-Hydrierwerk » sont logés à la même enseigne. Le camp a été endommagé par des bombes en janvier 1945. Promesse avait été faite à la Délégation de la Puissance Protectrice qui avait visité le camp le 24 janvier de remplacer les deux baraques bombardées. Le travail aurait commencé mais ne serait pas achevé. Deux baraques auraient bien été réparées, mais le corps de garde allemand s’en serait emparé, de sorte que les Britanniques auraient dû les quitter pour s’entasser dans une baraque où ils n’ont à présent que la moitié de la place dont ils disposaient auparavant. La salle de théâtre aurait également été convertie en dortoirs où 225 Britanniques seraient logés dans des conditions hygiéniques très défavorables. Les autorités allemandes auraient promis de procurer de meilleurs logements. Le rapport ajoute : « Sur tous ces points, le « Kontroll Offizier » allemand a donné les réponses suivantes : aucune promesse formelle n’a été faite à la Puissance Protectrice. L’on dispose de 7 baraques en tout. [Le 25 février 1945], 2 baraques seront occupées et une autre sera remise à neuf. La salle de théâtre ne peut pas être complètement évacuée, mais ne sera dès à présent qu’à moitié occupée. On promet que d’ici au 28 février, chaque prisonnier aura 2 couvertures. Des couchettes ont été réclamées mais on ne saurait garantir la date où elles seront livrées, en raison des difficultés de transport actuelles. »[31]

   Maurice GABÉ précise qu’au début mars 1945, le camp 17/18 n'a plus que la moitié de ses baraques qui ont été détruites par les bombardements successifs…[32] Il existe également le témoignage des Hollandais du camp 17/18 de Brüx arrivés à la fin de l’année 1943 qui profitent de la venue du délégué Kleiner du C.I.C.R., le 25 février 1945 au Stalag IV C, pour exposer la situation : « Les Hollandais communiquent en outre que 1100 des leurs ont tout perdu au camp 17/18 à la suite de bombardements et que 800 d’entre eux n’ont plus qu’un assortiment de linge ; on réclame un envoi urgent de sous-vêtements. De même 1200 couvertures de laine ont été brûlées à ce détachement de sorte que 400 Hollandais doivent à présent se contenter de 200 couvertures seulement. »[33]




Une expérience qui marquera durablement les prisonniers de guerre


 

   Au sujet de Jean Louis MERLE qui a passé sa captivité à Brüx au sein du kommando n°459, son fils Pierre indique que son père ne s’étendait jamais sur son expérience des bombardements qui toucheront l’usine de « Brüx-Hydrierwerk ». Dans son récit, Pierre Merle ajoute : « Quand il en parlait, il décrivait cette peur au ventre, cette peur panique qui saisissait certains, surtout quand çà se mettait à dégringoler particulièrement dur ». Dans les abris , «  Il m’a décrit ces gars qui, tout à coup, perdaient la raison, hurlaient, voulaient sur-le-champ s’extraire de là-dedans, s’enfuir n’importe où et tout de suite, dégager coûte que coûte en giclant de l’abri, même sous les bombes, qu’importe, et sortir du cauchemar d’une manière ou d’une autre. Et puis oublier dans une fuite éperdue l’abri… le camp… la misère… l’éloignement… s’oublier, se perdre eux-mêmes quitte à perdre la vie. Une vie qui, à leurs yeux et à cet instant-là, valait quoi, au juste ?... Alors, ces gars-là, il fallait les calmer, les raisonner… dans la mesure du possible en attendant qu’il s’arrête de grêler éclats et Shrapnells. Car un bombardement n’est rassurant pour personne. Ils n’étaient pas très nombreux, certes, ceux dont les nerfs lâchaient, mais cela arrivait. Et ce n’était pas toujours facile de faire face à la situation quand elle se produisait ».

L'évocation de l'angoisse dans les visages
des prisonniers pendant un bombardement
à Brüx. (croquis de Jean-Louis MERLE - 1945 -
reproduit avec l'aimable autorisation
de son fils Pierre Merle) -
 [34]
   Pierre Merle poursuit : « Mon père, lui aussi, en fut longtemps et profondément marqué. Sans doute furent-ils un certain nombre d’anciens prisonniers à se retrouver dans le même cas. Ma mère disait en effet que, non seulement la personnalité de mon père avait énormément changé pendant ces cinq années de captivité, mais qu’il avait mis à peu près autant de temps à se remettre de cette épreuve. En tout, donc, dix ans ! Dix ans passés entre barbelés, miradors et reconstruction ». Pour Jean Louis Merle, il y avait eu bien étendu l’épreuve de la captivité et ces bombardements auxquelles « on ne se fait jamais » dira-t-il. Toujours au sujet de son père, Pierre Merle poursuit : « Pendant de nombreuses années après la guerre, la nuit, il lui arrivait de se réveiller en sueur à la simple approche d’un avion de ligne, à mesure que grossissait et s’amplifiait dans le ciel le lancinant bourdonnement des moteurs. Le jour, le sentiment d’angoisse était moins fort, bien sûr, mais il existait aussi. Et mon père sentait quand même grandir en lui une indéfinissable appréhension à mesure qu’il entendait approcher un zinc. Tel fut le cas tout le temps que furent en service des avions de ligne à hélices.»[35]


   Roger DESPINARD, un ancien P.G. du camp A (au camp 17/18) de Brüx écrira le 12 septembre 2008 à René DUFOUR : « Je suis toujours présent pour défendre l’honneur des P.G. de la 2ème guerre mondiale. J’ai des photos des K.G. qui ont été tués dans les bombardements. Combien de P.G. sont restés à Brüx, c’est une chose impensable. C’était la guerre. C’était une jeunesse perdue. »[36] Notons que Roger DESPINARD aura un compagnon prisonnier de guerre dénommé PRUDHOMME qui résidait à Orléans (Loiret) et qui souffrait de surdité suite à l’un des bombardements sur le site de Brüx.



L’enfer de Brüx !


   Le chantier et les usines de la Hydrierwerk sont ainsi connus sous le nom de « L’enfer de Brüx », terme sous lequel un homme de confiance de compagnie, les aurait présentés un jour à Scapini [Georges Scapini était chef du Service diplomatique des prisonniers de guerre, en Allemagne, à Berlin, avec le rang d'ambassadeur]. Un P.G. rapatrié en juillet 1942 dit que « la misère des P.G. y est si terrible que certains se mutilent pour en sortir ». Un P.G. se serait fait sauter 5 doigts d’une main d’un coup de hache. Malgré tout cela, et malgré le peu de loisirs des P.G., il y a des troupes de théâtre, des orchestres, des équipes de football. Certains P.G. arrivent à préparer et à passer le certificat d’études. »[37]

   Un autre témoignage a été publié par Yves Durand.[38] Il lui a été adressé, le 9 mars 1979, par Jean MOCAËR, ancien P.G. d’un kommando de la Reichsbahn à Brüx (district de travail de Brüx-Ville).[39] Il a d’ailleurs été l’homme de confiance de ce kommando. Le témoin écrit : « A ma connaissance, les mots « Enfer de Brüx » ont été prononcés pour la première fois par le Père [Louis] LEFEUVRE, aumônier du grand camp de prisonniers de guerre français de Brüx-Hydrierwerk. Vous savez que les aumôniers jouissaient d’une certaine liberté pour aller dire leurs messes dans des kommandos voisins, même en Tchécoslovaquie où pourtant tous les prisonniers de guerre étaient derrière les barbelés. Un jour que le père LEFEUVRE se promenait avec le R.P. [Alexandre] BELLU, aumônier de mon kommando et moi-même, sur les premiers contreforts de l’Erzgebirge, il s’arrêta soudain pour nous dire : « Si j’avais à commenter la vision de l’Enfer, je ne pourrais mieux faire que de décrire ce que je vois sous mes yeux. C’est vraiment l’Enfer de Brüx ». Et voici ce qu’il voyait : sous un ciel bas et gris de novembre, l’immense usine d’Hydrierwerk (qui extrayait l’essence du charbon). Un peu un spectacle comme nos raffineries de la basse-Seine avec en plus d’abondantes et nombreuses fumées noirâtres (le charbon tchèque fait beaucoup de fumée). Sur la gauche, plusieurs immenses « cuvettes » de mines de charbon (en Tchécoslovaquie, le charbon étant à fleur de terre, les mines sont à ciel ouvert) avec le va-et-vient des petits wagonnets remontant le charbon en spirales à l’intérieur de ces « cuves ». Et surtout, à droite, de l’autre côté de l’unique route, l’entassement des baraques de prisonniers devenues grises de saleté dans cette atmosphère de fumées perpétuelles. C’est ce mot du Père LEFEUVRE qui a fait tache d’huile et s’est répandu comme un « bouthéon ». Je ne crois pas en effet que le travail lui-même dans l’usine ait été plus dur que dans mon kommando de travailleurs de force (rations alimentaires plus fortes). Mais c’est l’ensemble de cet immense camp (à la fin, en plus des P.G. français, il y avait des Anglais, Belges, Yougoslaves, Italiens, Ukrainiens, en tout 4500 à 5000 hommes) et l’inconfort des baraquements qui étaient attristants. Enfin, 16 bombardements alliés sur l’usine et hélas ses alentours, à partir du 12 mai 1944 apportèrent leurs lots de tragédies à nos infortunés camarades. Par contre, il existait dans ce grand camp, une certaine vie sociale, à laquelle ne pouvaient prétendre les petits kommandos, je veux parler de la troupe théâtrale, des conférences et de la bibliothèque. »


Sources :
[1] Rapport C.I.C.R. Détachement de travail, Brüx dépendant du Stalag IV C (Wistritz) et B.A.B. français autonomes de Brüx, visités le 26 juin 1943 par J.E. Friedrich, 6 p.
[2] Durand (Yves) (1980). La captivité : histoire des prisonniers de guerre français (1939-1945). Fédération Nationale des Combattants Prisonniers de Guerre et combattants d’Algérie, Tunisie, Maroc (F.N.C.P.G.-C.A.T.M.), éditeur, Paris, 548 p. (p. 116).
[3] Rapport C.I.C.R. sur le Stalag IV C, Wistritz, visite du 2 décembre 1940. Archives du Comité International de la Croix-Rouge, Genève
[4] Duplech (Henri) (2011). Mon évasion du stalag IV C. Tchécoslovaquie, pays des Sudètes. Éditions Atlantica, Biarritz, 180 p. (p. 28).
[5] Témoignage inédit. Documentation personnelle de René Dufour, ancien P.G.
[6] Durand (1980). Op. cit., p. 140.
[7] Rapport C.I.C.R. Détachement de travail, Brüx dépendant du Stalag IV C (Wistritz) et B.A.B. français autonomes de Brüx, visités le 26 juin 1943 par J.E. Friedrich, 6 p.
[8] Rapport C.I.C.R. Détachement de travail Brüx (Stalag IV C), visité le 18 avril 1944 par Mr Paul Wyss et le Dr Thudichum, 4 p.
[9] Ibidem
[10] Rapport C.I.C.R. Stalag IV C, Wistritz, visité le 27 octobre 1944 par les Dr Thudichum et Landolt, 9 p.
[11] Rapport C.I.C.R. Détachement de travail, Brüx dépendant du Stalag IV C (Wistritz) et B.A.B. français autonomes de Brüx, visités le 26 juin 1943 par J.E. Friedrich, 6 p. et rapport C.I.C.R. Détachement de travail Brüx (Stalag IV C), visité le 18 avril 1944 par Mr Paul Wyss et le Dr Thudichum, 4 p.
[12] Ibidem
[13] Dossier Augustin CREYSSELS. Le Carnet d’Augustin in :  http://stalag4c.blogspot.com/search?q=creyssels
[14] Journal de Charlemagne MIDAVAINE in https://www.facebook.com/groups/275126899218925/, groupe de discussion des Stalags IV.

[15] Ibidem
[16] Dossier Augustin CREYSSELS. Le Carnet d’Augustin in : http://stalag4c.blogspot.com/search?q=creyssels
[17] Mémoires d’un homme de confiance de Brüx par Maurice Gabé. Notes s’étalant de juin 1943 à mai 1945, 2 pages. Archives d’Élie-Jean Pascaud, homme de confiance général du Stalag IV C, document communiqué par Loïc Pinçon-Desaiz

[18] Pour plus de détails voir Girbig (Werner) (2003). Die Luftoffensive gegen die deutsche Treistoffindustrie Und der Abwehreinsatz 1944-1945. Motorbuch Verlag, Stuttgart, 223 p.
[19] Girbig (2003). Op.cit., pp. 217-221. L'attaque du 12 mai 1944 qui touchera simultanément les complexes de Böhlen, Brüx, Lützkendorf, Merseburg et Zeist est détaillée pp. 13-32. 
[20] D. Edvard Beneš et Karl Otto Novák in http://litvinov.sator.eu
[21] Rapport C.I.C.R. Stalag IV C, Wistritz, visité le 27 octobre 1944 par les Dr Thudichum et Landolt, 9 p.
[22] Loïc Pinçon-Desaize, comm. pers.
[23] Journal de Charlemagne MIDAVAINE in https://www.facebook.com/groups/275126899218925/, groupe de discussion des Stalags IV.
[25] Mémoires d’un homme de confiance de Brüx par Maurice GABÉ. Notes s’étalant de juin 1943 à mai 1945, 2 pages. Archives d’Élie-Jean Pascaud, homme de confiance général du Stalag IV C, document communiqué par Loïc Pinçon-Desaize.
[26]Les Français, décédés au IV C. Morts en captivité... in : http://stalag4c.blogspot.com/2014/01/les-francais-decedes-au-iv-c.html
[27] Duplech (2011). Op. cit., pp. 122-123 et 153-154.
[28] Source : http://cs.wikipedia.org/
[29] Les Français, décédés au IV C. Morts en captivité... in :http://stalag4c.blogspot.com/2014/01/les-francais-decedes-au-iv-c.html
[30] Rapport C.I.C.R. Stalag IV C, Wistritz, visité le 27 octobre 1944 par les Dr Thudichum et Landolt, 9 p.
[31] Rapport C.I.C.R., Stalag IV C, visité le 25 février 1945 par Mr Kleiner, 11 p.
[32] Mémoires d’un homme de confiance de Brüx par Maurice Gabé. Notes s’étalant de juin 1943 à mai 1945, 2 pages. Archives d’Élie-Jean Pascaud, homme de confiance général du Stalag IV C, document communiqué par Loïc Pinçon-Desaize.
[33] Rapport C.I.C.R., Stalag IV C, visité le 25 février 1945 par Mr Kleiner, 11 p.

[34] Croquis de Jean Louis Merle extrait de Merle (2005). Op. cit., p. 62.
[35] Merle (Pierre) (2005). Stalag IV C ou : scène de la vie quotidienne de prisonnier de guerre (Illustré des dessins de Jean Louis Merle). Éditions e/dite, Paris, 106 p. et 16 planches en couleur. (pp. 61-63).
[36] Témoignage inédit. Documentation personnelle de René Dufour.
[37] Durand (1980). Op. cit., pp.140-141.
[38] Durand (1980). Op. cit., pp. 140-141.
[39] Ce kommando dit de « Brüx-Reichsbahn » appartenait au district de travail de « Brüx-ville » (Stalag IV C). Il était situé sur la route de Brüx à Kopitz, dans le prolongement de la gare de Brüx. Constitué d’un effectif de 250 hommes, Jean Mocaër en a été l’homme de confiance. Ce dernier travaillera à la Compagnie Transatlantique et résidait au Havre (Seine-Maritime).

Texte et recherches de François Léger
Mise en pages et choix des photos et documents : Loïc Pinçon-Desaize