26 septembre 2019

L'histoire du Stalag IV C



Bonjour

La publication de  "L'Histoire du Stalag IV C" est programmée  pour la fin de l'année...

Nouvelles à suivre !

Merci à celles et ceux qui, depuis des mois, soutiennent le projet.


12 mai 2019

L'enfer de Brüx

Il y a 75 ans, le 12 mai 1944 :
premier bombardement meurtrier sur les chantiers
de l’usine de « Brüx-Hydrierwerk »


« L’enfer de Brüx »,

expression qualifiant un site tristement célèbre du Stalag IV C !


« Il est difficile de résumer en quelques mots les conditions d'existence de ces prisonniers. Il est pénible de voir ces hommes être dans de telles conditions de captivité. »
(J.E. Friedrich, délégué du C.I.C.R. suite à la visite du détachement de travail de "Brüx-Hydrierwerk", dépendant du stalag IV C, le 26 juin 1943).[1]


   Le Stalag IV C compte, dans l’Allemagne nazie, parmi la minorité de stalags où les kommandos industriels l’emportent. En effet, en pleine Saxe industrielle (chimie, textile, porcelaine, etc.), ce stalag compte 75% de kommandos industriels. Il faut se rendre dans la Ruhr pour trouver des kommandos qui donnent une prépondérance à l’industrie dans la circonscription du stalag VI D (90%). Il y a encore 41,6% de kommandos industriels au stalag VI A.[2] Le rapport du C.I.C.R. faisant suite à la visite du 2 décembre 1940 au Stalag IV C recense 18.349 prisonniers de guerre français et 30 belges. Il est précisé qu’au camp principal du IV C à Wistritz ne se trouvent que 273 prisonniers. Tous les autres sont répartis dans 225 détachements de travail dont le plus grand groupe compte à lui seul 5.800 hommes, dont nous savons qu’il s’agit de celui de « Brüx-Hydrierwerk ». Sur les 18.349 prisonniers du stalag IV C, à l’exception de 1.000 prisonniers qui sont occupés à des travaux d’agriculture, tous les autres travaillent dans l’industrie, notamment dans des carrières de lignite.[3]

   Même si le Stalag IV C compte de nombreux kommandos de travail, le détachement de « Brüx-Hydrierwerk » et les exploitations minières alentours vont faire à eux seuls la tristement célèbre réputation de ce stalag. Les prisonniers parleront de « L’enfer de Brüx »… et Henri DUPLECH [4] qui y passera trois mois évoque « ... l’enfer, le bagne de Brüx, le camp de la mort ». Roger DESPINARD, un ancien prisonnier de guerre du camp A (camp 17) de Brüx écrira : « Brüx, c’était "crève de faim", le travail forcé à l’usine.»[5] Grâce aux rapports d’inspection du C.I.C.R. et aux témoignages de prisonniers de guerre rapatriés, Yves Durand publiera sous le titre « L’enfer de Brüx », des informations concernant le détachement de « Brüx-Hydrierwerk » et les conditions de travail réservées aux hommes des camps associés. Il écrit : « Sur le versant sud de l’Erzgebirge, au sud de Dresde et à une dizaine de kilomètres au nord-est de la ville de Brüx, se trouvent les chantiers, mines et usines de l’entreprise d’hydrogénation appelée « Hydrierwerk-Brüx ». Au centre de la zone industrielle, voisins des gazomètres et des réserves de carburant, s’étendent deux camps de prisonniers. Cette région est évidemment une zone dangereuse ; l’air est empesté par la fumée ; la poussière de lignite et les émanations des usines de distillation le rendent insalubre. Plus de 8.000 prisonniers français et d’autres nationalités, ainsi que des travailleurs civils y sont employés. Les conditions de travail très dures, sa durée, les conditions de logement précaires font que l’existence de ces prisonniers est des plus pénibles. »[6]



L'usine de "Brüx-Hydrierwerk" où des milliers de prisonniers français et d'autres nationalités ont travaillé, dans une atmosphère empoisonnée, aux côtés  de milliers d'autres ouvriers et travailleurs civils, Allemands et étrangers.
(source photo : www.sandsteinzeit.bplaced.net
)
Des mesures de protection qui mettront du temps à se mettre en place !

   En juin 1943, aucune protection contre les bombardements aériens n’avait été réalisée pour les prisonniers au camp 17/18, à proximité de l’usine d’hydrogénation de la société « Sudetenländische Treibstoffwerke AG » (STW) près de Brüx. Celles qui étaient prévues ont été jugées inutiles par une commission d’économie venue de Dresde. L’inspecteur du C.I.C.R. J.E. Friedrich suite à sa visite dans les camps 17/18 et 27, le 26 juin 1943 écrit : « Les baraques (…) sont situées à côté des gazomètres et réservoirs d’essence, c’est-à-dire dans une zone éminemment dangereuse. La population civile, les travailleurs civils logés dans des baraques, et les membres de la Wehrmacht chargés de la garde des prisonniers disposent de tranchées-abris, c’est-à-dire de tranchées creusées à peu de profondeur (l’eau apparaît à environ 1.50 m sous le sol), recouvertes de briques et de ciment, qui présentent une bonne protection contre les éclats de D.C.A. et les effets de la déflagration. On avait prévu quelque chose d’identique pour les prisonniers ; des tranchées en zigzag (actuellement remplies d’eau et à moitié effondrées) ont été creusées par les prisonniers, entre les baraques, pendant leur temps libre. Une partie du matériel nécessaire (briques, planches et ciment) est resté sur place. Il est regrettable qu’une commission d’économie (« Spar-Kommission »), venue de Dresden [Dresde], ait fait cesser les travaux, estimant que les prisonniers n’avaient pas besoin d’une telle protection. Les Autorités militaires sont du même avis que nous à cet égard ; nous espérons que nos démarches auprès des Autorités supérieures procureront à ces prisonniers la protection à laquelle ils ont droit, au même titre que les autres habitants de la région. »[7]

   Des tranchées en zigzags seront cependant aménagées avant avril 1944 et sur le rapport de visite des inspecteurs Paul Wyss et du Dr Thudichum du 18 avril 1944, on peut lire : « La question des abris antiaériens s’est également beaucoup améliorée ; au camp 17, de nouveaux abris ont été construits, profonds et couverts ; les prisonniers en sont satisfaits. »[8] Toutefois, les deux délégués de La Croix-Rouge notent : « La situation de ce camp n’a pas changé, dans une zone dangereuse, où l’air est empesté de poussière, de fumée et d’émanations des usines de distillations. »[9] Au sujet des abris anti-aériens autour du camp 17/18 à Brüx, le rapport du C.I.C.R. du 27 octobre 1944 formule : « Ils sont satisfaisants en général. Depuis le bombardement de Brüx en mai, les prisonniers sont autorisés à se réfugier dans les mines, qui se sont révélées être des abris excellents. Les alertes sont données 40 minutes environ avant l’arrivée des bombardiers alliés, de sorte que les membres du personnel sanitaire peuvent transporter les malades en lieu sûr. »[10]



12 mai 1944 : un premier bombardement meurtrier


L'usine en feu  le 12 mai 1944
(source  photo : www. unipetrolrpa.cz)
   En juin 1943, le contingent de prisonniers de guerre français dans le district de travail de « Brüx-Hydrierwerk » était de 8100 hommes répartis en neuf B.A.B. (= Kriegsgefangenen-Bau- u.Arbeits-Bataillon) constitués de 600 hommes chacun et qui étaient en fait des B.A.B. autonomes et un détachement dépendant du Stalag IV C, portant le numéro 459, constitué de 2700 hommes. Les effectifs de prisonniers de guerre français du district de travail de « Brüx-Hydrierwerk » vont connaître d’importantes évolutions à la baisse au cours du second semestre 1943. Le 18 avril 1944, quelques semaines avant le premier bombardement, parmi les prisonniers du district de « Brüx-Hydrierwerk », on trouvait au camp 17/18, 2100 français (kommando n°459) uniquement répartis dans le camp 17 et 1200 français au camp 27 (B.A.B. n°23 et n°43) soit 3300 hommes. Il faut ajouter 1250 hollandais au camp 18.[11] Notons que sur les chantiers de l’usine, on trouvait également des Britanniques et des hommes de toutes les nationalités en guerre contre l’Allemagne. Ce premier bombardement du 12 mai 1944, il y a 70 ans précisément, fera de nombreuses victimes parmi les prisonniers de guerre. Le rapport du C.I.C.R. du 27 octobre 1944 stipule : « Le Stalag IV C, de Wistritz se trouve dans le pays des Sudètes, et la plupart de ses prisonniers sont groupés dans la région industrielle de Teplitz-Schönau, Dux, Brüx, Komotau, etc. Ce n’est qu’à partir du mois de mai de cette année [1944] que les attaques aériennes alliées sévirent dans cette contrée. Depuis le 12 mai 1944, la seule région de Brüx a subi 6 bombardements. » Ce rapport précise que le premier fut une surprise.[12] Le témoignage d’Augustin CREYSSELS qui se trouve dans la région de Brüx à cette date le confirme. Le cours délai entre l’alerte et le bombardement ne permettra pas de se protéger efficacement : « Le 12 mai 1944 vers 13h30, les sirènes sonnent l'alerte et 1/4 d'heure plus tard une « grosse » formation bombarde l'usine d'Hydrierwerk. Les dégâts sont importants et beaucoup de P.G. sont tués. »[13] Le journal de Charlemagne MIDAVAINE affecté à un kommando minier, non loin de l’usine d’hydrogénation de Brüx, est de la même teneur et souligne aussi la panique des jours suivants à l’annonce de nouvelles attaques ou de survols de la zone. L’attaque suivante n’aura lieu que deux mois plus tard, le 21 juillet. Ce témoin écrit dans son journal à la date du 12 mai : « 12 mai : Premier bombardement. J’étais à l’accrochage, [Dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, l'accrochage ou recette est l'endroit, dans le puits, où débouchent les bowettes. Il s'agit aussi de toutes les installations permettant de faire remonter la houille à la surface. Une fosse assez importante possède plusieurs étages de recettes ou accrochages.] nous avons bien entendu les bombes tomber. » Quand il remonte de la mine avec ses camarades « çà brûlait dur » à l’usine d’hydrogénation. Il ajoute : « Il paraît qu’il y a beaucoup de victimes car les salauds ont fait reprendre le travail avant le bombardement. Nous craignons que le camp de prisonniers français d’à côté [camp 17/18] n’ait pris quelque chose, ils sont 5000, on parle de 2000 victimes. » Le lendemain 13 mai, selon les informations dont dispose  Charlemagne MIDAVAINE et qu’il consigne dans son journal, « le camp de prisonniers près de l’usine n’a pas été touché » mais il est inquiet pour les P.G. qui devaient se trouver sur les chantiers de l’usine car l’attaque semble avoir touché sa cible. Il précise : « La première vague a fait mouche. On parle d’une centaine de prisonniers tués. L’usine continue à brûler. Hier, les prisonniers du kommando se sont éparpillés dans les champs, les civils aussi d’ailleurs. 15 mai : Les Anglais auraient annoncé qu’ils viendraient bombarder vers 4 h et demi. On verra. Depuis le bombardement nous sommes sans eau. À l’usine, beaucoup ont été noyés dans les abris. » Le 16 mai, dix hommes du kommando de Charlemagne MIDAVAINE se rendent à la cérémonie de l’enterrement des P.G. tués et ajoute pour cette date, dans son journal : « il y avait 57 français, 15 Italiens, et 32 Anglais [inhumés] ». À la date du 17 mai, on peut lire que lors du bombardement du 12 mai : « Des ouvriers réfugiés dans les abris ont été ébouillantés. D'autres ont été ensevelis vivants. Ils ont dégagé un Anglais après quatre jours et quatre nuits, il était fou. » Le 19 mai : « Midi-alerte. Des avions sont passés au-dessus de nous sans bombarder. Les civils étaient déjà éparpillés dans les champs. »[14]

Les P.G. fouillant les décombres après le raid aérien.
(source photo : 
http://litvinov.sator.eu/ )


Des bombardements et des alertes qui se poursuivent jusqu’en mars 1945 !



Les bombardements vont se poursuivre comme le relate le même journal de Charlemagne MIDAVAINE : « 21 juillet : nouveau bombardement, l’alerte a sonné à 11h, 10mn après, ils bombardaient. Il est venu une douzaine de vague. Je n’ai pas pu me camoufler, j’étais aux W.C. J’ai assisté avec 4 ou 5 copains au bombardement. Il y eu une fosse [il s’agit ici d’une mine de lignite à ciel ouvert] de touchée à 1 km où j’étais. Maltheuern et un camp de prisonniers a pris quelque chose. 22 juillet : ils sont revenus cette nuit, mais j’étais au fond [de la mine]. La D.C.A. a tiré mais ils ont bombardé plus loin à une quinzaine de km d’ici. 24 août : Troisième bombardement. 10 septembre : Midi alerte, nous descendons à la mine, nous remontons tous à 2 h et demi. 11 septembre : A 11 h et demi alerte. Ils bombardent la région jusqu’à midi. Nous distinguons bien quelques bombes. Toute la région de Brüx a pris. 16 septembre : Alerte une heure mais pas de bombardement. 23 septembre : Alerte à 11 h. Nous descendons à quatre et nous remontons à Guido 2 à 4 h et demi. Hydrierwerk [il s’agit de l’usine] et la région de Brüx ont pris. 23 octobre : Bombardement du camp avec bombes incendiaires. Plusieurs maisons civiles proches du camp ont flambé. 25 décembre : Noël. Alerte à 1h, nous avons la flemme de descendre à Guido. Nous allons aux abris. Bombardement de la région, 8 bombes sont tombées à 1000 m de l’abri entourant la tranchée où nous étions 300 et 4 sur le côté du camp. Nous l’avons échappé belle ! Dans l’abri, nous avons bien cru que cette fois çà y était. La première alerte puis une deuxième sonne. Il n’a pas fallu nous prier pour descendre à Guido. Mais la fin a sonné aussitôt. 16 janvier 1945 : A 11 h et demi alerte. Bombardement de la région. Les avions survolent l’usine à 3400 m d’altitude. Je démarre du kommando aussitôt les premiers coups de D.C.A. Je descends au puits voisin par les échelles. Les avions illuminent avant de bombarder. Beaucoup de dégâts dans la mine où nous travaillons, les bureaux sont soufflés. Il y a beaucoup  de bombes à retardement. 14 février : Trois alertes aujourd’hui : 11 h, 9 h et 21 h. Je descends au puits à côté. Bombardement de Brüx, d’Hydrierwerk et Jotterdorf. 19 février : Encore alerte à 11 h. »[15]

   Augustin CREYSSELS, un autre PG français évoque aussi le raid de Noël et celui qui dévastera l’usine à la mi-janvier et ne permettra pas une reprise de la production : « Pas de trêve le jour de Noël [1944], des bombes, encore des bombes... Et à nouveau le 15 janvier 1945 pendant 40 longues minutes : Hydrierwerk est détruite « à fond » selon les termes de ce témoin. Il évoque également le raid du 5 mars qui fera des victimes parmi les français.[16] Dans ses notes, Maurice GABÉ évoque Noël 1944 au camp 17/18 : « sous les bombes, brouillard, neige, épouvante. » [17]


   Entre le 12 mai 1944, date du premier bombardement et la fin de la guerre, Girbig qui propose un travail de référence sur l’offensive aérienne des alliés contre l'industrie allemande du carburant de mai 1944 à avril 1945, [18] recense 16 attaques [19] sur le complexe de l’usine d’hydrogénation de Brüx. Dans leur travail, D. Edvard Beneš et Karl Otto Novák [20] en dénombrent pour leur part 17 dont 13 en 1944 et 4 en 1945. 



De très nombreuses victimes parmi les civils et les prisonniers de guerre !


Ces bombardements répétés feront de nombreuses victimes parmi les hommes contraints de travailler sur les chantiers de l’usine, qu’ils soient prisonniers de guerre ou civils. Les civils des localités environnantes ne seront pas épargnés non plus. Le nombre précis des victimes n’est pas connu. Le rapport du C.I.C.R. du 27 octobre 1944 indique que le premier bombardement du 12 mai 1944, qui fut une surprise, aurait tué, parmi les seuls prisonniers de guerre, 68 Français, 50 Britanniques et 16 Hollandais. Il précise : « Lors de la seconde attaque, les Français n’ont perdu que deux hommes, et un au cours des suivantes. Les mesures de protection se sont donc révélées efficaces. » ou encore « La mort de deux prisonniers fut encore à déplorer au cours du second bombardement, mais aucun autre décès n’est survenu depuis lors [27 octobre 1944]. » [21] 


Le réfectoire du kdo 459 sert de chapelle ardente (collection Lacour)

   Toutefois, toutes les informations ne sont manifestement pas en possession des délégués de la Croix-Rouge, les Dr Thudichum et Landolt, qui rédigeront ce rapport du 27 octobre 1944. Les investigations menées par Loïc Pinçon-Desaize dans les archives d’Élie-Jean Pascaud, l’homme de confiance du Stalag IV C permettent d’identifier huit prisonniers de guerre français (principalement du B.A.B. n°43) morts le 21 juillet, très probablement des suites du second bombardement même si ce détail n’est pas précisé.[22]
Hommage aux disparus (archives Pascaud)
De même, des prisonniers de guerre italiens sont morts durant l’attaque du 12 mai comme le relève le journal du prisonnier français Charlemagne MIDAVAINE qui mentionne 15 décès. Toutefois, les chiffres retranscrits par ce P.G. qui étaient ceux propagés par le bouche à oreilles alors qu’il se trouvait dans la région de Brüx à cette date, restent lacunaires et manifestement sous-estimés. Il cite 57 français morts alors que le chiffre officiel serait de 68 et 32 anglais alors que le chiffre officiel serait de 50. En outre, il ne fait pas mention des hollandais décédés (16 selon les sources officielles).[23] En revanche, il n’est pas fait allusion aux hommes de nationalité italienne dans les rapports du C.I.C.R. mais Loïc Pinçon-Desaize confirme des morts parmi les italiens auxquels il est fait référence dans les archives d’Élie-Jean Pascaud, le dernier homme de confiance français du Stalag IV C (Loïc Pinçon-Desaize, comm. pers.). 
La délégation française conduite par
E.-J. PASCAUD (3ème à gauche au 1er rang)
(photo : archives Pascaud)

 Postérieurement au rapport du C.I.C.R. du 27 octobre 1944, des décès seront encore enregistrés. Ainsi, Augustin CREYSSELS évoquant les attaques de Noël 1944 et du 15 janvier 1945 écrit : « pas de victimes (ou presque) parmi les Français. Par contre le 5 mars le bombardement fait 400 morts dont 13 Français. »[24] Des notes de Maurice GABÉ, qui a été un temps, l’homme de confiance du kommando n°459 indiquent que le 9 mars [en fait, il doit s’agir du 5 mars], il y a eu un bombardement sur l’usine par un avion isolé qui a fait 50 victimes dont 13 au camp 17/18. Le prisonnier de guerre, André BARBARA, (matricule n°53761/ Stalag IV B, né en 1905 à Crouy/Ourcq, Seine-et-Marne) qui n'allait jamais aux abris est tué en y allant pour la première fois...[25]  Selon Loïc Pinçon-Desaize, si aucune liste des prisonniers morts n’a été dressée au Stalag IV C, treize hommes, prisonniers de guerre français, sont bien décédés le 5 mars.[26]


Témoignage


Depuis sa paroisse reculée des Basses-Pyrénées (aujourd'hui Pyrénées-Atlantiques), un prêtre évadé s'inquiète pour un ancien compagnon prisonnier à Brüx. 




Une liste de 47 des victimes parmi
lesquelles  Félix SERRANO,
l'ami de Duplech
(archives Pascaud)
   Henri DUPLECH (matricule 54313/IV B) est un prêtre qui avait connu, durant trois mois, le chantier de l'usine de Brüx avant d'être muté comme aumônier au camp principal du Stalag IV C de Wistritz qui était aussi le centre administratif de tout le IV C. Henri DUPLECH s'en évadera in extremis avec deux autres camarades alors que les autorités allemandes procédaient, par représailles aux évasions répétées, à la mutation des 3/4 des 200 prisonniers de ce camp vers des kommandos de travail. Parmi ces prisonniers, il y avait Félix SERRANO, l'un de ses proches compagnons, avec lequel il continuera à correspondre depuis la France où, après une évasion réussie, il parvient à rejoindre sa région et sera mis à l'abri à Eslourenties (Pyrénées-Atlantiques). A la radio, depuis sa paroisse, il prend connaissance de l'attaque aérienne sur l'usine de Brüx le 12 mai 1944. Il écrit : « Vers la mi-mai 1944, j'entendis à la radio, que l'usine qui fabriquait de l'essence synthétique, l'usine Hydrierwerk de Brüx où j'avais travaillé au début de ma captivité, avait été bombardée et qu'il y avait une soixantaine de prisonniers français de tués. C'est justement à Brüx que Serrano avait été muté après le balayage qui suivit les évasions de Wistritz. J'écrivis le 20 mai à mon camarade pour l'encourager. Ce n'est qu'en octobre que ma carte me fut renvoyée avec la mention "Gefalben", "Décédé". Cette carte me fut transmise par le secrétariat des Anciens combattants, spécifiant que Félix Serrano "était décédé le 12 mai 1944, au bombardement de Brüx". Je fus profondément attristé." .[27]

L'usine S.T.W vue du ciel après le bombardement
du 12 mai 1944 (source photo : 
http://litvinov.sator.eu/ )

   Le premier bombardement des forces alliées du 12 mai 1944 qui tua 68 prisonniers de guerre Français, 50 Britanniques et 16 Hollandais autour des installations de Brüx fut un choc pour les prisonniers tout comme dans la population civile des alentours qui va dénombrer des centaines de morts. Pour les prisonniers de guerre, une cérémonie en l'honneur des victimes aura lieu le 16 mai 1944 à Tschausch dans le cimetière de la chapelle du cimetière des prisonniers russes, aujourd'hui disparu.


16 mai 1944 : enterrement des victimes du 1er bombardement (collection Lacour)

La cérémonie aura lieu sur le territoire de Tschausch (actuellement Souš, République tchèque) près de la chapelle (en arrière plan) du cimetière des prisonniers russes. Cette chapelle était située à moins de 3km au sud de l’usine bombardée et du camp 17/18. Ce village de Souš, rattaché de nos jours à Most (Brüx en allemand) est situé à environ 3,5 km au nord-ouest du centre de cette ville. Le village de Souš a été démoli au cours des années 1960 pour permettre l’exploitation minière du lignite. De nos jours, il ne subsiste seulement qu’une petite partie du village d'origine.
[28]
Quant à la ville de Most elle a été déplacée pour les mêmes raisons.

Copie de la fiche de décès
de Daniel ALBERT
(archives Pascaud)
   Les recherches de Loïc Pinçon-Desaize permettent d’établir une première liste des prisonniers de guerre français du Stalag IV C, déclarés morts, notamment ceux victimes des bombardements autour du site de l’usine de « Brüx-Hydrierwerk » : 64 le 12 mai 1944, 8 le 21 juillet 1944 et 13 le 5 mars 1945. Tous ont été tués dans le district de Maltheuern et inhumés à Tschausch. Pour les cas de CHALMIN Henri, DESMOOR Gaston, NOUHAUD Jean et PEIGNEY René, les mentions du district d’appartenance et du lieu d’inhumation font défaut dans les archives même si nous pressentons qu’ils sont décédés du fait du bombardement et probablement enterrés à Tschausch. Pour le cas de VANDERHAEGEN André, son corps n’a pas été retrouvé. Pour plus d’information, le lecteur pourra se référer au travail de Loïc Pinçon-Desaize (Les Français, décédés au IV C. Morts en captivité... [29]

Inventaire des effets de Raymond BLANCHETOT
retournés à sa femme (archives Pascaud)


Des difficultés impressionnantes dans les camps autour de l’usine de « Brüx-Hydrierwerk » !


   Les bombardements répétés génèrent de nombreuses difficultés matérielles qui compliquent la vie des hommes, prisonniers de guerre dans les camps situés en périphérie de l’usine d’hydrogénation soumise aux bombardements alliés. Le rapport du C.I.C.R. du 27 octobre 1944 précise : « À Brüx, où se trouvent les grands détachements de travail industriels (avec plusieurs milliers de prisonniers de toutes nationalités) 15 baraques ont été complètement anéanties avec tout ce qu’elles contenaient ; de nombreuses autres encore ont été fortement endommagées. Il n’a pas été possible aux entreprises de remplacer ces baraques de sorte que les prisonniers ont été entassés dans celles qui subsistaient. Toutes les places disponibles ont été occupées et les réfectoires, salles de théâtre, etc. ont été transformées en dortoirs ; ainsi le nombre de prisonniers est beaucoup trop fort ; les autorités allemandes le reconnaissent fort bien, et ont assuré les Délégués que cette situation serait provisoire ; de nombreux cantonnements doivent prochainement être mis à disposition. »[30] Le camp n°22, installés non loin du camp 17/18 et qui compte 1900 prisonniers de guerre Britanniques travaillant pour la société « Sudetenländische Treibstoffwerke AG » (STW) dans l’usine d’hydrogénation de « Brüx-Hydrierwerk » sont logés à la même enseigne. Le camp a été endommagé par des bombes en janvier 1945. Promesse avait été faite à la Délégation de la Puissance Protectrice qui avait visité le camp le 24 janvier de remplacer les deux baraques bombardées. Le travail aurait commencé mais ne serait pas achevé. Deux baraques auraient bien été réparées, mais le corps de garde allemand s’en serait emparé, de sorte que les Britanniques auraient dû les quitter pour s’entasser dans une baraque où ils n’ont à présent que la moitié de la place dont ils disposaient auparavant. La salle de théâtre aurait également été convertie en dortoirs où 225 Britanniques seraient logés dans des conditions hygiéniques très défavorables. Les autorités allemandes auraient promis de procurer de meilleurs logements. Le rapport ajoute : « Sur tous ces points, le « Kontroll Offizier » allemand a donné les réponses suivantes : aucune promesse formelle n’a été faite à la Puissance Protectrice. L’on dispose de 7 baraques en tout. [Le 25 février 1945], 2 baraques seront occupées et une autre sera remise à neuf. La salle de théâtre ne peut pas être complètement évacuée, mais ne sera dès à présent qu’à moitié occupée. On promet que d’ici au 28 février, chaque prisonnier aura 2 couvertures. Des couchettes ont été réclamées mais on ne saurait garantir la date où elles seront livrées, en raison des difficultés de transport actuelles. »[31]

   Maurice GABÉ précise qu’au début mars 1945, le camp 17/18 n'a plus que la moitié de ses baraques qui ont été détruites par les bombardements successifs…[32] Il existe également le témoignage des Hollandais du camp 17/18 de Brüx arrivés à la fin de l’année 1943 qui profitent de la venue du délégué Kleiner du C.I.C.R., le 25 février 1945 au Stalag IV C, pour exposer la situation : « Les Hollandais communiquent en outre que 1100 des leurs ont tout perdu au camp 17/18 à la suite de bombardements et que 800 d’entre eux n’ont plus qu’un assortiment de linge ; on réclame un envoi urgent de sous-vêtements. De même 1200 couvertures de laine ont été brûlées à ce détachement de sorte que 400 Hollandais doivent à présent se contenter de 200 couvertures seulement. »[33]




Une expérience qui marquera durablement les prisonniers de guerre


 

   Au sujet de Jean Louis MERLE qui a passé sa captivité à Brüx au sein du kommando n°459, son fils Pierre indique que son père ne s’étendait jamais sur son expérience des bombardements qui toucheront l’usine de « Brüx-Hydrierwerk ». Dans son récit, Pierre Merle ajoute : « Quand il en parlait, il décrivait cette peur au ventre, cette peur panique qui saisissait certains, surtout quand çà se mettait à dégringoler particulièrement dur ». Dans les abris , «  Il m’a décrit ces gars qui, tout à coup, perdaient la raison, hurlaient, voulaient sur-le-champ s’extraire de là-dedans, s’enfuir n’importe où et tout de suite, dégager coûte que coûte en giclant de l’abri, même sous les bombes, qu’importe, et sortir du cauchemar d’une manière ou d’une autre. Et puis oublier dans une fuite éperdue l’abri… le camp… la misère… l’éloignement… s’oublier, se perdre eux-mêmes quitte à perdre la vie. Une vie qui, à leurs yeux et à cet instant-là, valait quoi, au juste ?... Alors, ces gars-là, il fallait les calmer, les raisonner… dans la mesure du possible en attendant qu’il s’arrête de grêler éclats et Shrapnells. Car un bombardement n’est rassurant pour personne. Ils n’étaient pas très nombreux, certes, ceux dont les nerfs lâchaient, mais cela arrivait. Et ce n’était pas toujours facile de faire face à la situation quand elle se produisait ».

L'évocation de l'angoisse dans les visages
des prisonniers pendant un bombardement
à Brüx. (croquis de Jean-Louis MERLE - 1945 -
reproduit avec l'aimable autorisation
de son fils Pierre Merle) -
 [34]
   Pierre Merle poursuit : « Mon père, lui aussi, en fut longtemps et profondément marqué. Sans doute furent-ils un certain nombre d’anciens prisonniers à se retrouver dans le même cas. Ma mère disait en effet que, non seulement la personnalité de mon père avait énormément changé pendant ces cinq années de captivité, mais qu’il avait mis à peu près autant de temps à se remettre de cette épreuve. En tout, donc, dix ans ! Dix ans passés entre barbelés, miradors et reconstruction ». Pour Jean Louis Merle, il y avait eu bien étendu l’épreuve de la captivité et ces bombardements auxquelles « on ne se fait jamais » dira-t-il. Toujours au sujet de son père, Pierre Merle poursuit : « Pendant de nombreuses années après la guerre, la nuit, il lui arrivait de se réveiller en sueur à la simple approche d’un avion de ligne, à mesure que grossissait et s’amplifiait dans le ciel le lancinant bourdonnement des moteurs. Le jour, le sentiment d’angoisse était moins fort, bien sûr, mais il existait aussi. Et mon père sentait quand même grandir en lui une indéfinissable appréhension à mesure qu’il entendait approcher un zinc. Tel fut le cas tout le temps que furent en service des avions de ligne à hélices.»[35]


   Roger DESPINARD, un ancien P.G. du camp A (au camp 17/18) de Brüx écrira le 12 septembre 2008 à René DUFOUR : « Je suis toujours présent pour défendre l’honneur des P.G. de la 2ème guerre mondiale. J’ai des photos des K.G. qui ont été tués dans les bombardements. Combien de P.G. sont restés à Brüx, c’est une chose impensable. C’était la guerre. C’était une jeunesse perdue. »[36] Notons que Roger DESPINARD aura un compagnon prisonnier de guerre dénommé PRUDHOMME qui résidait à Orléans (Loiret) et qui souffrait de surdité suite à l’un des bombardements sur le site de Brüx.



L’enfer de Brüx !


   Le chantier et les usines de la Hydrierwerk sont ainsi connus sous le nom de « L’enfer de Brüx », terme sous lequel un homme de confiance de compagnie, les aurait présentés un jour à Scapini [Georges Scapini était chef du Service diplomatique des prisonniers de guerre, en Allemagne, à Berlin, avec le rang d'ambassadeur]. Un P.G. rapatrié en juillet 1942 dit que « la misère des P.G. y est si terrible que certains se mutilent pour en sortir ». Un P.G. se serait fait sauter 5 doigts d’une main d’un coup de hache. Malgré tout cela, et malgré le peu de loisirs des P.G., il y a des troupes de théâtre, des orchestres, des équipes de football. Certains P.G. arrivent à préparer et à passer le certificat d’études. »[37]

   Un autre témoignage a été publié par Yves Durand.[38] Il lui a été adressé, le 9 mars 1979, par Jean MOCAËR, ancien P.G. d’un kommando de la Reichsbahn à Brüx (district de travail de Brüx-Ville).[39] Il a d’ailleurs été l’homme de confiance de ce kommando. Le témoin écrit : « A ma connaissance, les mots « Enfer de Brüx » ont été prononcés pour la première fois par le Père [Louis] LEFEUVRE, aumônier du grand camp de prisonniers de guerre français de Brüx-Hydrierwerk. Vous savez que les aumôniers jouissaient d’une certaine liberté pour aller dire leurs messes dans des kommandos voisins, même en Tchécoslovaquie où pourtant tous les prisonniers de guerre étaient derrière les barbelés. Un jour que le père LEFEUVRE se promenait avec le R.P. [Alexandre] BELLU, aumônier de mon kommando et moi-même, sur les premiers contreforts de l’Erzgebirge, il s’arrêta soudain pour nous dire : « Si j’avais à commenter la vision de l’Enfer, je ne pourrais mieux faire que de décrire ce que je vois sous mes yeux. C’est vraiment l’Enfer de Brüx ». Et voici ce qu’il voyait : sous un ciel bas et gris de novembre, l’immense usine d’Hydrierwerk (qui extrayait l’essence du charbon). Un peu un spectacle comme nos raffineries de la basse-Seine avec en plus d’abondantes et nombreuses fumées noirâtres (le charbon tchèque fait beaucoup de fumée). Sur la gauche, plusieurs immenses « cuvettes » de mines de charbon (en Tchécoslovaquie, le charbon étant à fleur de terre, les mines sont à ciel ouvert) avec le va-et-vient des petits wagonnets remontant le charbon en spirales à l’intérieur de ces « cuves ». Et surtout, à droite, de l’autre côté de l’unique route, l’entassement des baraques de prisonniers devenues grises de saleté dans cette atmosphère de fumées perpétuelles. C’est ce mot du Père LEFEUVRE qui a fait tache d’huile et s’est répandu comme un « bouthéon ». Je ne crois pas en effet que le travail lui-même dans l’usine ait été plus dur que dans mon kommando de travailleurs de force (rations alimentaires plus fortes). Mais c’est l’ensemble de cet immense camp (à la fin, en plus des P.G. français, il y avait des Anglais, Belges, Yougoslaves, Italiens, Ukrainiens, en tout 4500 à 5000 hommes) et l’inconfort des baraquements qui étaient attristants. Enfin, 16 bombardements alliés sur l’usine et hélas ses alentours, à partir du 12 mai 1944 apportèrent leurs lots de tragédies à nos infortunés camarades. Par contre, il existait dans ce grand camp, une certaine vie sociale, à laquelle ne pouvaient prétendre les petits kommandos, je veux parler de la troupe théâtrale, des conférences et de la bibliothèque. »


Sources :
[1] Rapport C.I.C.R. Détachement de travail, Brüx dépendant du Stalag IV C (Wistritz) et B.A.B. français autonomes de Brüx, visités le 26 juin 1943 par J.E. Friedrich, 6 p.
[2] Durand (Yves) (1980). La captivité : histoire des prisonniers de guerre français (1939-1945). Fédération Nationale des Combattants Prisonniers de Guerre et combattants d’Algérie, Tunisie, Maroc (F.N.C.P.G.-C.A.T.M.), éditeur, Paris, 548 p. (p. 116).
[3] Rapport C.I.C.R. sur le Stalag IV C, Wistritz, visite du 2 décembre 1940. Archives du Comité International de la Croix-Rouge, Genève
[4] Duplech (Henri) (2011). Mon évasion du stalag IV C. Tchécoslovaquie, pays des Sudètes. Éditions Atlantica, Biarritz, 180 p. (p. 28).
[5] Témoignage inédit. Documentation personnelle de René Dufour, ancien P.G.
[6] Durand (1980). Op. cit., p. 140.
[7] Rapport C.I.C.R. Détachement de travail, Brüx dépendant du Stalag IV C (Wistritz) et B.A.B. français autonomes de Brüx, visités le 26 juin 1943 par J.E. Friedrich, 6 p.
[8] Rapport C.I.C.R. Détachement de travail Brüx (Stalag IV C), visité le 18 avril 1944 par Mr Paul Wyss et le Dr Thudichum, 4 p.
[9] Ibidem
[10] Rapport C.I.C.R. Stalag IV C, Wistritz, visité le 27 octobre 1944 par les Dr Thudichum et Landolt, 9 p.
[11] Rapport C.I.C.R. Détachement de travail, Brüx dépendant du Stalag IV C (Wistritz) et B.A.B. français autonomes de Brüx, visités le 26 juin 1943 par J.E. Friedrich, 6 p. et rapport C.I.C.R. Détachement de travail Brüx (Stalag IV C), visité le 18 avril 1944 par Mr Paul Wyss et le Dr Thudichum, 4 p.
[12] Ibidem
[13] Dossier Augustin CREYSSELS. Le Carnet d’Augustin in :  http://stalag4c.blogspot.com/search?q=creyssels
[14] Journal de Charlemagne MIDAVAINE in https://www.facebook.com/groups/275126899218925/, groupe de discussion des Stalags IV.

[15] Ibidem
[16] Dossier Augustin CREYSSELS. Le Carnet d’Augustin in : http://stalag4c.blogspot.com/search?q=creyssels
[17] Mémoires d’un homme de confiance de Brüx par Maurice Gabé. Notes s’étalant de juin 1943 à mai 1945, 2 pages. Archives d’Élie-Jean Pascaud, homme de confiance général du Stalag IV C, document communiqué par Loïc Pinçon-Desaiz

[18] Pour plus de détails voir Girbig (Werner) (2003). Die Luftoffensive gegen die deutsche Treistoffindustrie Und der Abwehreinsatz 1944-1945. Motorbuch Verlag, Stuttgart, 223 p.
[19] Girbig (2003). Op.cit., pp. 217-221. L'attaque du 12 mai 1944 qui touchera simultanément les complexes de Böhlen, Brüx, Lützkendorf, Merseburg et Zeist est détaillée pp. 13-32. 
[20] D. Edvard Beneš et Karl Otto Novák in http://litvinov.sator.eu
[21] Rapport C.I.C.R. Stalag IV C, Wistritz, visité le 27 octobre 1944 par les Dr Thudichum et Landolt, 9 p.
[22] Loïc Pinçon-Desaize, comm. pers.
[23] Journal de Charlemagne MIDAVAINE in https://www.facebook.com/groups/275126899218925/, groupe de discussion des Stalags IV.
[25] Mémoires d’un homme de confiance de Brüx par Maurice GABÉ. Notes s’étalant de juin 1943 à mai 1945, 2 pages. Archives d’Élie-Jean Pascaud, homme de confiance général du Stalag IV C, document communiqué par Loïc Pinçon-Desaize.
[26]Les Français, décédés au IV C. Morts en captivité... in : http://stalag4c.blogspot.com/2014/01/les-francais-decedes-au-iv-c.html
[27] Duplech (2011). Op. cit., pp. 122-123 et 153-154.
[28] Source : http://cs.wikipedia.org/
[29] Les Français, décédés au IV C. Morts en captivité... in :http://stalag4c.blogspot.com/2014/01/les-francais-decedes-au-iv-c.html
[30] Rapport C.I.C.R. Stalag IV C, Wistritz, visité le 27 octobre 1944 par les Dr Thudichum et Landolt, 9 p.
[31] Rapport C.I.C.R., Stalag IV C, visité le 25 février 1945 par Mr Kleiner, 11 p.
[32] Mémoires d’un homme de confiance de Brüx par Maurice Gabé. Notes s’étalant de juin 1943 à mai 1945, 2 pages. Archives d’Élie-Jean Pascaud, homme de confiance général du Stalag IV C, document communiqué par Loïc Pinçon-Desaize.
[33] Rapport C.I.C.R., Stalag IV C, visité le 25 février 1945 par Mr Kleiner, 11 p.

[34] Croquis de Jean Louis Merle extrait de Merle (2005). Op. cit., p. 62.
[35] Merle (Pierre) (2005). Stalag IV C ou : scène de la vie quotidienne de prisonnier de guerre (Illustré des dessins de Jean Louis Merle). Éditions e/dite, Paris, 106 p. et 16 planches en couleur. (pp. 61-63).
[36] Témoignage inédit. Documentation personnelle de René Dufour.
[37] Durand (1980). Op. cit., pp.140-141.
[38] Durand (1980). Op. cit., pp. 140-141.
[39] Ce kommando dit de « Brüx-Reichsbahn » appartenait au district de travail de « Brüx-ville » (Stalag IV C). Il était situé sur la route de Brüx à Kopitz, dans le prolongement de la gare de Brüx. Constitué d’un effectif de 250 hommes, Jean Mocaër en a été l’homme de confiance. Ce dernier travaillera à la Compagnie Transatlantique et résidait au Havre (Seine-Maritime).

Texte et recherches de François Léger
Mise en pages et choix des photos et documents : Loïc Pinçon-Desaize

29 juin 2018

Retour vers la France


Les itinéraires de retour 




    Le 08 mai 1945, le Stalag IV C est libéré par l'Armée Rouge. Les anciens prisonniers de guerre (20.000 Français, des milliers d'autres nationalités et plus de 30.000 P.G. provenant d'autres camps) se dirigent vers l'Ouest...
   
    C'est la Liberté après cinq ans de captivité. La route va être longue et périlleuse.

    La carte ci-dessous, établie sous Goggle Maps, retrace les divers itinéraires de retour.
En dehors des évacuations par avion, la majorité des prisonniers du IV C rejoint deux lieux tenus par l'Armée américaine :
- la Panzerkaserne de Bamberg ;
- Erfurt.

    Avant d'atteindre ces villes, les ex-prisonniers ont parcouru, souvent à pied, des dizaines de kilomètres et terminé le trajet en camion US.

Carte des retours depuis le IV C


Légende:
- repères bleus en France : centres de rapatriement avec leur numéro ;
- repères rouges en Tchéquie : villes des districts du IV C.
- repères avec croix : lieux de prise en charge par l'armée américaine ou de passage "obligé".

nota : des retours individuels ont pu suivre d'autres itinéraires.

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Pour ceux d'entre-vous intéressés par les retours du Stalag IV A, dont des districts sont évacués, devant l'avancée des Alliés, dès la mi-avril 1945 voici également une carte. Les itinéraires sont sensiblement les mêmes :

Itinéraires retour depuis les districts du IV A


Sources : témoignages d'anciens du IV C recueillis dans de nombreux numéros du Lien ; rapport de Pierre Huby, dernier homme de confiance du IV A, Stalag dont des milliers de P.G. ont transité par les camps des Sudètes.

07 mai 2018

La Libération du IV C


La libération du IV C



Achtung, achtung, eine luftlage meldung starke kampfverbäude uber West-Deutschland in anflug nach Böhmen (Attention, attention, communiqué de la Luftwaffe, d'importantes formations de combat contre l'Allemagne de l'Ouest en vol vers la Bohême)


Pendant des jours, des semaines, cette litanie est entendue chaque matin des hauts-parleurs de l'Hydrierwerk (Kommando 459). Mais, lorsque le hurlement strident des sirènes se fait entendre, c'est le ruch vers les bunkers, le sprint vers les mines de Tschausch... jusqu'au signal bienheureux de fin d'alerte ou de bombardement.

Quand PASCAUD, homme de confiance principal du IV C, apprend que troupes russes et soldats américains ont fait jonction près de Torgau, fin avril 1945, il demande à l'Oberst Lorenz l'évacuation du Stalag et de remettre l'ensemble des hommes, par anticipation, aux mains des autorités américaines. Il considère en effet, à cette date, que la Wehrmacht est dans l'impossibilité matérielle d'assurer la subsistance et la sécurité dans des conditions suffisantes (d'autant qu'entre 20 et 30.000 P.G. provenant d'autres Stalags se trouvent sur le "territoire" du IV C). Il essuie un refus !

Le 7 mai, les Américains sont signalés à Komotau et, en soirée, les premiers obus tombent sur Wistritz, Teplice et leur région. La capitulation est proche ! Les Allemands envisagent, enfin, l'évacuation du camp principal pour le lendemain matin, 8 mai ...
Il est trop tard, les Soviétiques sont aux portes du camp ! Les routes sont encombrées, le danger partout, puisque les troupes allemandes, en déroute, se font mitrailler sans arrêt par l'aviation alliée.
Cet ordre d'évacuation, et la libération soudaine des Kommando, va mettre sur les routes des milliers de prisonniers de toutes nationalités et les exposer aux tirs que se livrent à terre chars russes et allemands sans compter les mitraillages de l'aviation. 
Alors que la guerre est terminée en France depuis plusieurs mois, elle n'a jamais été aussi proche des prisonniers du IV C depuis le printemps 40.

Dans les Kommando, chacun s'affaire à récupérer son maigre bien et se prépare à passer sa dernière nuit de captif. C'est le cas de mon père, Joseph PINÇON, de l'A.K. d'Hansastraße à Teplitz, qui se lève dès trois heures du matin dans le but de rejoindre, avec ses copains, les lignes américaines les plus proches.

Avant de déserter le IV C, Lorenz et ses hommes, ont brûlé leurs archives dans la nuit.

Le 8 mai, Robert BRÉGEON est réveillé par un brouhaha monstre au camp d'Oberleutensdorf. Un "lève-tôt", revenu à la baraque, a lancé à la cantonade "Les Chleuhs sont barrés". En moins d'une demi-heure, les prisonniers sont sur la route, chargés de leur barda, parlant fort, serrant les mains de Tchèques venus vers eux. Ivres de joie, tous "volent" désormais en pleine liberté... 

À quelques kilomètres de là, Charlemagne MIDAVAINE prend le temps de faire un gâteau. Il tient ainsi la promesse faite à trois copains pour "le jour de la délivrance". Et, c'est avec ses trois camarades d'infortune, et le fameux gâteau, qu'il quitte son Kommando sous les tirs d'artillerie qui se multiplient autour de la vallée.

En arrivant en ville, les nouveaux Hommes Libres voient déjà des Tchèques occupés à changer les poteaux indicateurs : Brüx est redevenue Most ...

Des colonnes de "libérés" s'étendent sur les routes et se dirigent vers l'Ouest. Dans le sens contraire, c'est l'exode du peuple Sudète et de soldats allemands... ayant quitté l'uniforme.
"Des fusils et des cartouchières gisaient dans les fossés et de petits insignes à croix gammée se ramassaient à la pelle" écrira Robert Brégeon.

À 12h30, l'aviation russe bombarde Most et, moins d'une demi-heure plus tard, une bataille entre chars russes et tanks allemands se déroule sous les yeux de mon père. Dans son carnet, il notera plus tard, la mort de plusieurs camarades, partis comme lui vers la Liberté et fauchés sur la route du retour...

Marcel LAVERGE était au Kommando de Dux IV, cinéma Kino Swan, le 8 mai. La veille, il a refusé l'ordre d'évacuation avec ses vingt autres camarades de Lindau. Il accueille donc des troupes russes entre 12 et 13h. Mais, auparavant, il a juste eu le temps de recueillir et de désarmer un "Malgré-Nous", soldat alsacien de la Wehrmacht en déroute, et de l'habiller en prisonnier français ; il le sauve d'une mort presque certaine.

Dans une lettre, écrite deux ans après son retour, Émilien H. du Kommando de Sporitz (district de Komotau) se confie. Il écrit : " Avant de partir, trois Chleuhs sont passés par les armes par les gars du maquis, les Tchécos. J'ai été les chercher chez eux et j'espère avoir fait du bon travail avant de quitter la Bochie".

Après des dizaines de kilomètres de marche en direction de l'Ouest, Jean OBLIN remarque un ancien prisonnier, épuisé, au bord de la route. Pâle, il regarde avec tristesse passer ses compagnons et dit en balbutiant "J'ai Faim". Oblin lui tend une poignée de biscuits et voit alors revivre ses yeux. D'une voix fatiguée, l'inconnu dit tout simplement "Tu me donnes là un royaume".

Sources : carnet de Charlemagne Midavaine, lettres de la succession Pascaud, exemplaires du Lien - "Les Échos du IV C",  documentation personnelle